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04/02/2012

53. Qui dit "Jean Moulin" dit (devrait dire) "Pierre Cot"

     La première réunion du Conseil National de la Résistance, celle qui a eu lieu le 27 mai 1943 - la seule qui aura pu être présidée par Jean Moulin - permet de rassembler une nouvelle série d'indices qui auraient pu ne pas être négligés par ceux qui se qualifient eux-mêmes d'historiens...

     L'appartement du 48 rue du Four était la propriété des époux Corbin, amis de l'ancien ministre de l'Air du Front populaire, Pierre Cot. Les deux secrétaires généraux du Conseil National de la Résistance, Robert Chambeiron et Pierre Meunier, étaient d'anciens membres du cabinet ministériel de celui-ci. Et Jean Moulin?...

      La première rencontre de Jean Moulin avec Pierre Cot remonte aux environs de 1925. Le futur président du Conseil de la Résistance, alors âgé de vingt-six ans, était chef de cabinet du préfet de la Savoie.

      Pierre Cot, son aîné de quatre ans, était, lui, au seuil d’une carrière politique de grande dimension : en 1928, il est élu député ; en décembre 1932, il devient sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères et appelle à ses côtés, au titre de chef adjoint de cabinet, son ami Jean Moulin. Mais le gouvernement de Joseph Paul-Boncour tombe le 15 janvier 1933. (NB : le 30 janvier, Adolf Hitler sera nommé chancelier du Reich.)

      À la mi-janvier, Daladier prend la tête du nouveau gouvernement. Pierre Cot y obtient le ministère de l’Air. Jean Moulin, qui doit veiller à la continuité de sa carrière préfectorale, ne deviendra son chef de cabinet qu’à compter du 7 octobre : Pierre Cot est alors de retour d’un voyage en… U.R.S.S.

      Pour la première fois, un ministre en titre du gouvernement français s’était rendu au pays des Soviets, persuadé, comme il l’écrira dans un livre publié en 1944 « qu’une synthèse unissant l’esprit de la Révolution française et l’esprit de la Révolution russe peut fournir à l’Europe les formules capables de renouveler son idéologie politique et de rajeunir sa démocratie ».

     Or, Pierre Cot revient effectivement d’U.R.S.S. avec, en tête, un projet qu’il formule dans une lettre adressée le 14 octobre – Jean Moulin est officiellement en fonction auprès de lui depuis une semaine – au ministre des Affaires étrangères et ancien président du Conseil Joseph Paul-Boncour, à qui il propose un programme dont on mesure toute l’importance en songeant que l’Allemagne est désormais aux mains des hitlériens :
     «
1° La négociation de contrats de collaboration technique permettant à nos ingénieurs des Chemins de fer, des Ponts et chaussées, de l’Aéronautique et du Génie maritime, si lourdement menacés par le chômage, de trouver du travail en U.R.S.S. et de prendre leur part à une oeuvre essentielle pour la sécurité du pays ;
      2° Des échanges de missions militaires ;
      3° La mise à l’étude d’un contrat d’assistance industrielle pour le cas de conflit ;
      4° La mise à l’étude d’un pacte d’assistance mutuelle.
»

      Mais le 24 octobre suivant, le gouvernement Daladier tombe. Viennent ensuite Albert Sarraut (26 octobre 1933), Camille Chautemps (26 novembre 1933) et Édouard Daladier (30 janvier 1934), qui tous reprendront Pierre Cot au ministère de l’Air, Jean Moulin demeurant son chef de cabinet.

      Or, dès le 7 février 1934, Daladier, en totale opposition avec Pierre Cot, abdique devant l’émeute fascisante. Il faudra attendre la victoire électorale de mai 1936 pour voir Pierre Cot (et son chef de cabinet Jean Moulin) reprendre son poste de ministre de l’Air, et, cette fois, dans le gouvernement dit de Front populaire, dirigé par Léon Blum.

      Voilà qui suffira momentanément à faire saisir la proximité de Jean Moulin avec son patron et ami Pierre Cot. (Pour le reste, on gagnera à se reporter au "Fallait-il laisser mourir Jean Moulin?" de Michel J. Cuny - Françoise Petitdemange)