11.12.2007

Basses manoeuvres des Ogres - 11

     En matière de tergiversations, la Pologne du colonel Beck avait fait mieux que la France de Daladier. De sorte que, lorsque la Tchécoslovaquie, d'abord livrée sans défense à Hitler en fin septembre 1938 par les accords de Munich, avait été totalement rayée de la carte par le même en mars 1939, la Pologne avait reçu sa part - le territoire de Teschen -, part modeste sans doute, mais annonciatrice, peut-être, de nouvelles gratifications plus conséquentes... l'Ukraine, par exemple?...

     Erreur!... Le 1er septembre 1939, sans déclaration de guerre, les troupes hitlériennes entrent en Pologne. Vingt-sept jours plus tard, c'est la capitulation. Entre-temps, l'U.R.S.S., comme le prévoyaient les accords Molotov-Ribbentrop, est venue s'établir, prudemment (cela se vérifiera en 1941), sur la ligne Curzon qui lui avait été proposée, à partir de raisons historiques précises, par les Britanniques lors du traité de Versailles (1919), et qu'elle avait dû abandonner en 1920, à la suite de la contre-offensive polonaise menée par le maréchal Pilsudski avec l'aide du général français Weygand.

     Fouettées par les événements, dès le lendemain de l'attaque allemande contre la Pologne, c'est-à-dire le 2 septembre 1939, l'Angleterre et la France s'étaient décidées, elles, à "déclarer" la guerre à l'Allemagne. Cette fois-ci, le grand mot était lâché... Mais si Hitler avait pu apprendre, dans le livre d'un lieutenant-colonel français dont nous reparlerons ailleurs, qu'il n'est pas nécessaire de déclarer une guerre pour la faire, les fougueux alliés de la Pologne préféraient penser qu'on peut - qu'on doit - "déclarer" la guerre - sans doute cela est-il un devoir moral -, mais qu'on ne doit surtout pas la faire... Périsse la Pologne!...

      Car la guerre, la France de Daladier est d'abord occupée à la faire à l'intérieur, sur le front du temps de travail.

     Après que la C.G.T. ait été brisée fin novembre 1938 sur sa volonté de maintenir les 40 heures de travail hebdomadaires, les mois s'étaient gentiment écoulés et, le 30 mars 1939, on en était enfin arrivé à un décret qui autorisait la semaine de 60 heures dans les usines travaillant pour la défense nationale. En face, le capital ne s'y était pas trompé : en dix mois, de novembre 1938 à août 1939, veille de l'entrée officielle en guerre, les arrivées d'or en France semblent avoir dépassé la somme de 26 milliards de francs, le stock total atteignant dès lors le double de celui qui était disponible à la veille de la première guerre mondiale.

      Même après que les grands mots eussent été prononcés, les investisseurs auraient eu tort de s'inquiéter... Le 20 février 1940, la Chambre des députés vote la déchéance de 60 députés communistes sur les 67 du temps du Front Populaire. Le 20 mars s'ouvrira le procès des 44 députés communistes inculpés de reconstitution d'organisation dissoute; 37 d'entre eux seront condamnés à 5 ans de prison ferme.

      La veille, le ministre de l'Intérieur, Albert Sarraut, dressait devant le Sénat le bilan de ce qui s'assimile peu à peu à une guerre civile de moins en moins larvée : 2718 élus déchus, 1100 perquisitions, 3400 arrestations, 1500 condamnations prononcées, 700 fonctionnaires épurés, 555 suspects envoyés dans des centres de surveillance, 2500 étrangers internés au camp de Vernet, 620 syndicats et fédérations syndicales dissout(e)s, une centaine de conseillers prud'hommes déchus de leurs fonctions...

      Guerre civile ou pas, en tout cas, depuis ce même mois de mars 1940, et grâce à la vigilance du socialiste Sérol, l'Etat français dispose de la peine de mort pour sanctionner toute activité communiste... Avis aux candidats!...

      Eh bien, ce n'était toujours pas le pire!...