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07/02/2012

50. La preuve perdue du caractère souverain du C.N.R.

     En février 1943, Jean Moulin se rend en Grande-Bretagne pour la seconde fois depuis la défaite de 1940. Il vient présenter au général de Gaulle la version définitive du statut de ce que sera ce qui ne s'appelle encore que : Conseil politique de la Résistance.

      Nul ne sait ce qu'ont pu être les discussions entre les deux hommes. Pour l'Histoire, le résultat le plus significatif s'en trouve désormais dans le deuxième tome des Mémoires de guerre ("L'Unité - 1942-1944", Plon, 1956), et très précisément à la page 445 d'une édition dont il faut souligner qu'elle est effectivement l'édition originale réalisée du vivant de de Gaulle...
 
 
Instructions 21 fév 1943
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
...c'est à cette hauteur qu'il faut bien ouvrir l'oeil...
 
 
 
 
 
 
 
 
      Ce document est particulièrement significatif de la méthode de travail de l'"historien canonique" de la Seconde guerre mondiale et de tout ce qui devait nous mener à la Cinquième République : il est parsemé de points de suspension dont certains sont tout ce qu'il y a de plus massif! Ce qui n'empêche d'ailleurs pas les pires d'être parmi les plus discrets...
      Donnons-leur l'ampleur nécessaire :
 
Instructions 21 fév 1943 § 6
 
      Bon, et alors?...

05/02/2012

52. Jean Moulin était-il donc si dangereux ?

     Sans vouloir remettre en cause la belle formule selon laquelle les absents - et donc les morts - ont toujours tort, consentons à faire des "brouillons" de Jean Moulin quelque chose qui, lorsque Charles de Gaulle se livrait très tranquillement en 1956 au joli métier de faussaire en écritures "publiques", méritait encore qu’on s’y arrête un tout petit peu (puisqu’aujourd’hui, il est manifestement trop tard, peut-être…).

     Jean Moulin, vers le 20 janvier 1943, point n° 6, à propos du Conseil) : « Ses membres ne doivent pas siéger par "délégation" d’un parti ou d’un groupe et être pourvus de "mandats impératifs", les décisions devant être prises souverainement. »

      (Jean Moulin, 1er février 1943) : « Nous ajoutons que, pour être efficace, le Conseil politique de la Résistance doit être composé de membres ayant la confiance absolue de leurs mandants et pouvant décider souverainement et sur l’heure. »


      Voici donc la blessure mortelle dont Charles de Gaulle s’est rendu coupable :

« souverainement… »

      Tout le monde l’aura compris, bafouer ainsi la souveraineté du Conseil National de la Résistance - rétrospectivement, mais aussi dans le concret de l’ensemble des mesures prises par de Gaulle après l’arrestation de Jean Moulin -, c’était réaliser l’"opération" Louis XVI à l’envers. Et anticiper d’un peu plus de dix ans sur la mise en place, par le même de Gaulle, de la très monarchique Constitution de la Vème République (1958, mais surtout 1962, pour l’élection du président au suffrage universel).

      Rétrospectivement, nous le voyons, tant cela devient aveuglant : cette contre-révolution passait par l’élimination physique de Jean Moulin dès avant l’heure de la Libération.*
(* D’où le titre de l’ouvrage « Fallait-il laisser mourir Jean Moulin ?» de Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange, Éditions Paroles Vives, 1994)

8 - F      

      Michel J. Cuny - Françoise Petitdemange

      Editions Paroles Vives

      1994

      (459 pages, 29 €)

Pour atteindre la page de commande et de paiement,

c'est ici.

 

      Jean Moulin était-il donc si dangereux ?

      Là encore, les deux "brouillons" sont particulièrement explicites :

      (Vers le 20 janvier 1943, point n°5) : « Il ne saurait y avoir de place dans ledit Conseil ni pour les ouvriers de la dernière heure ni pour ceux qui hésiteraient devant les solutions révolutionnaires qui s’imposent. »

      (1er février 1943) : « Il ne saurait y avoir de place dans le dit Conseil ni pour les ouvriers de la dernière heure, ni pour ceux qui hésiteraient devant les solutions militaires et révolutionnaires qui s’imposent. »

      Voilà donc le joyau de l’idée même de Résistance telle qu’elle était portée par son Conseil National en un moment (mars 1944) où, déjà, celui-ci ne pouvait plus que balbutier sa souveraineté tant de Gaulle le serrait à la gorge.