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08/02/2012

49. Un mot perdu de Jean Moulin

 

Images pour blog

      Le 27 mai 1943, date de la première réunion du Conseil National de la Résistance, n'aura jamais eu officiel-lement qu'un statut historique de second rang. Rien à voir, en tout cas, avec ce qu'a longtemps pu être le 18 juin 1940...

      S'il fallait se poser la question de savoir pourquoi il en est allé ainsi jusqu'à présent, il apparaîtrait bien vite que la réponse tient "tout simplement" dans cette circonstance que le Conseil National de la Résistance est un souverain qui a été victime d'un crime politique... passé totalement inaperçu.

      Ainsi aujourd'hui ne le connaît-on plus guère que comme auteur de l'encore célèbre Programme du 15 mars 1944. Souvent reproduit, et parfois jusque dans son intégralité, ce texte comporte pourtant quelques éléments significatifs qui auraient pu, dès longtemps, faire dresser l'oreille à ses lectrices et lecteurs... Ainsi allons-nous nous arrêter, pendant un tout petit instant, sur le langage que le Conseil National de la Résistance utilise dans le document dont nous pressentons toutes et tous, aujourd'hui, qu'il était un chef-d'oeuvre...

      Voici tout d'abord le "Plan d'action immédiate" :

      "Les représentants des organisations de RESISTANCE, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R. expriment [...], proclament [...], adjurent [...], insistent [...], constatent [...], constatent [...], constatent [...].

      En conséquence, les représentants des organisations de RESISTANCE, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R. déclarent [...], ont l'espoir que [...], affirment solennellement [...]."

     
("solennellement" est-il écrit, et maintenant, le ton change)

      "Pour mobiliser les ressources immenses d'énergie du peuple français, pour les diriger vers l'action salvatrice dans l'union de toutes les volontés, le C.N.R. décide d'inviter les responsables des organisations déjà existantes à former des comités de villes et de villages, d'entreprises [...]. Tous ces comités seront placés [...] seront soumis à l'autorité des C.D.L. [comités départementaux de la libération] qui leur transmettront, comme directives [...] la plate-forme d'action et la ligne politique déterminée par le C.N.R."

      Mais qui était-il donc? ce C.N.R. qui détermine une ligne politique ?

Vidéo de l'exposition Jean Moulin

07/02/2012

50. La preuve perdue du caractère souverain du C.N.R.

     En février 1943, Jean Moulin se rend en Grande-Bretagne pour la seconde fois depuis la défaite de 1940. Il vient présenter au général de Gaulle la version définitive du statut de ce que sera ce qui ne s'appelle encore que : Conseil politique de la Résistance.

      Nul ne sait ce qu'ont pu être les discussions entre les deux hommes. Pour l'Histoire, le résultat le plus significatif s'en trouve désormais dans le deuxième tome des Mémoires de guerre ("L'Unité - 1942-1944", Plon, 1956), et très précisément à la page 445 d'une édition dont il faut souligner qu'elle est effectivement l'édition originale réalisée du vivant de de Gaulle...
 
 
Instructions 21 fév 1943
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
...c'est à cette hauteur qu'il faut bien ouvrir l'oeil...
 
 
 
 
 
 
 
 
      Ce document est particulièrement significatif de la méthode de travail de l'"historien canonique" de la Seconde guerre mondiale et de tout ce qui devait nous mener à la Cinquième République : il est parsemé de points de suspension dont certains sont tout ce qu'il y a de plus massif! Ce qui n'empêche d'ailleurs pas les pires d'être parmi les plus discrets...
      Donnons-leur l'ampleur nécessaire :
 
Instructions 21 fév 1943 § 6
 
      Bon, et alors?...

06/02/2012

51. Sous le caviardage, la voix de Jean Moulin insiste...

     La belle page d'histoire que nous présente Charles de Gaulle est certes minée, d'un bout à l'autre, par tous ces points de suspension dont le poids de sens culmine dans le bout de phrase que nous privilégions.

     Mais, de plus, sur un tel "document", l'inscription en noir et blanc du nom de Jean Moulin, qui était censé l'emporter avec lui dans une France sous la botte de Vichy et des nazis, montre bien que le Général n'envisageait pas ici autre chose que d'en mettre plein la vue à ses lectrices et lecteurs (n'a-t-il pas "bidouillé" et en y insérant, cette fois, la désignation "M. J. Moulin, préfet" un prétendu ordre de mission dont, jusqu'à présent, jamais personne n'a retrouvé la moindre trace, y compris même dans les archives du grand menteur en question?).

    
En attendant, voici que notre cher Conseil National de la Résistance en est toujours à "pouvoir statuer..." Or, en y regardant d'un peu plus près, nous découvrirons qu'il n'est pas interdit de voir, dans ce couac, l'une des raisons pour lesquelles, depuis 1944 et ses suites, la démocratie française s'est décidément fait clouer le bec.

      Près de quinze ans plus tard, cela devait s'appeler la "Constitution de la Cinquième République", mais c'est une autre histoire, et c'est, par la grâce de Charles de Gaulle, toujours la même.

      Or, décidément très organisé, Jean Moulin nous a laissé deux "brouillons"... En étudiant la question avec soin, on s'aperçoit qu'il n'avait pas tout à fait écrit la même version que celle qui nous a été livrée subrepticement. Chez lui, et dans ces deux cas-là au moins, il n'y a pas de points de suspension... Mais il n'y a pas non plus rien qu'un vide à l'endroit incriminé. Il y a effectivement quelque chose... Un mot... Un très bel adverbe.

      Si beau que, peut-être, il ne serait pas tout à fait vain de choisir de mourir pour lui...

      Comme par hasard.

Vidéo de l'exposition Jean Moulin