01.12.2007
D'un petit Poucet à l'autre... - 5
Nous voici donc en présence d'un petit Poucet qui a décidément le verbe haut. Ce qui laisse à penser qu'à Londres, en face de lui, il est fort probable que l'Ogre n'en menait pas large... le temps de lui voir le dos tourné... le temps pour Klaus Barbie de s'acoquiner, directement ou indirectement, avec une balance suffisamment précise pour aider à mitonner le bon petit guet-apens du 21 juin 1943 qui allait couper la tête pensante du futur organe souverain en anéantissant celui qui, depuis le 27 mai précédent, en était le président en exercice...
Mais on admettra qu'un seul petit caillou blanc, fût-ce même un rocher, ne peut suffire à tracer, derrière le petit Poucet, la voie où s'engagerait le peuple souverain. De plus, le tour de passe-passe réussi par l'Ogre fait naître le soupçon que, peut-être, le mot disparu, trop énorme pour être vrai, n'avait été qu'un rêve, une illusion, voire la conséquence d'un délire momentané chez un homme usé par les angoisses et les fatigues de la résistance sur le sol français...
Certes, Jean Moulin avait été, au temps du Front Populaire, chef de cabinet du ministre de l'Air, Pierre Cot. Certes, cela lui avait valu d'être épinglé par L'Action Française du 26 août 1936 pour l'aide apportée aux républicains espagnols dans leur lutte contre le putsch du général Franco : "Nous savons qu'on s'affaire beaucoup en ce moment dans les hangars Bloch de Villacoublay pour mettre au point les deux Bloch 200 destinés au Frente Popular. L'affaire, préparée par M. Moulin, l'un des hommes de Pierre Cot, se poursuit en dépit des belles déclarations de neutralité." Mais, en 1943, Pierre Cot était réfugié aux Etats-Unis.
On remarquera encore que la première réunion du Conseil National de la Résistance a eu lieu au numéro 48 de la rue du Four à Paris, c'est-à-dire chez des amis personnels de Pierre Cot, les époux Corbin. On remarquera de plus que, comme Jean Moulin, les deux secrétaires du C.N.R., Pierre Meunier et Robert Chambeiron, étaient issus du cabinet ministériel de Pierre Cot. Mais Pierre Cot, en 1943, était si loin du sol de France...
Si loin, que c'est à n'y pas croire : les autres petits cailloux blancs qui viennent se conjoindre à "souverainement" pour composer avec lui le beau collier d'une possible France réellement démocratique, c'est chez lui qu'il faut venir les chercher... Car ils y sont bel et bien, et si pertinemment enchaînés qu'il n'est plus possible d'en douter : il y avait deux petits Poucets sur ce coup-là...
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27.11.2007
Un petit Poucet nommé Jean Moulin - 4
22:15 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, conseil national de la résistance, jean moulin, général de gaulle
26.11.2007
Un petit Poucet nommé Jean Moulin - 3
C'est par trois fois qu'à l'occasion de la création du futur Conseil National de la Résistance, l'adverbe "souverainement" apparaît sous la plume de Jean Moulin.
D'abord, dans une note qu'il rédige fin 1942 - début 1943 : "Ses membres ne doivent pas siéger par délégation d'un parti ou d'un groupe et être pourvus de mandats impératifs, les décisions devant être prises souverainement."
Puis, dans un texte qu'il élabore en février 1943, au moment de se rendre pour la seconde et dernière fois à Londres : "Nous ajoutons que, pour être efficace, le Conseil Politique de la Résistance doit être composé de membres ayant la confiance absolue de leurs mandants et pouvant décider souverainement et sur l'heure."
Et enfin, dans le texte définitivement fondateur, au bas duquel le petit Poucet obtiendra que vienne se déposer, le 21 février 1943 à Londres, la signature de l'Ogre : "Afin que le Conseil de la Résistance ait le prestige et l'efficacité souhaitables, ses membres devront avoir été investis de la confiance des groupements qu'ils représentent et pouvoir statuer souverainement et sur l'heure au nom de leurs mandants."
Mais, alors, cet Ogre... qui était-ce? Evidemment pas le général de Gaulle. Cet homme-là était tout ce qu'il y a de plus humain, de plus honnête, de plus vertueux... Qui alors?... Nous l'avons dit plus haut, l'Ogre, c'est celui qui, recevant Jean Moulin à Londres en février 1943, a, dans un premier temps, déposé sa signature déjà légendaire au bas d'un texte où pour la troisième fois - le coq n'aura pas fini de chanter pour la troisième fois que, déjà, tu m'auras trahi - la main ferme de Jean Moulin avait inscrit un mot jailli à la lèvre des révolutionnaires de 1789-1793 : "souverainement"!...
L'Ogre, c'est celui qui, dans un second temps et quelques années plus tard, publiant le même texte dans ses célèbres "Contes à dormir debout" aura tout bonnement remplacé ce mot, au nom duquel il arrive parfois que l'on meure héroïquement, par... trois points de suspension.
Rendez-vous à tous et à chacun à la page 445 des "Mémoires de Guerre" d'un dénommé de Gaulle (L'unité 1942-1944, Plon 1956). Cela vaut le détour... et cela remet quelques idées en place, un tout petit peu, façon petit Poucet du Panthéon...
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