11.10.2009
VOLTAIRE?... Un criminel de guerre!
À paraître très prochainement...
(Veuillez cliquer sur
les deux encadrés...)
Y aurait-il eu tromperie? Voltaire serait-il l'exact contraire de tout ce qui nous a été dit à son propos?
Mais, si c'est effectivement cela, et si la "Correspondance" de ce sinistre personnage nous le démontre de page en page, que dire de l'Université, de l'Education Nationale et des divers moyens d'information qui nous intoxiquent en ne cessant de nous vanter les mérites innombrables d'un homme qui a construit son énorme fortune sur :
- des spéculations touchant la dette publique ;
- le financement des guerres ;
- la traite des Noir(e)s, et l'ensemble du commerce international appuyé sur cette traite et sur le travail des esclaves;
et qui n'a pas hésité à écrire...
"Presque tous les animaux se mangent les uns les autres, et dans l'espèce humaine les mâles s'exterminent par la guerre. Il semble encore que Dieu ait prévu cette calamité en faisant naître parmi nous plus de mâles que de femelles [...]." (Traité de métaphysique)
"Je resterai jusqu'au mois d'octobre dans la charmante solitude de Cirey, tandis qu'on s'égorgera en Italie, en Flandre et en Allemagne." (A l'abbé Valory, le 8 mai 1744)
"Le roi d'Espagne envoie quatre vaisseaux de guerre contre le père Nicolas à Buenos-Aires, avec des vaisseaux de transport chargés de troupes. J'ai l'honneur d'être intéressé dans le vaisseau "Le Pascal" qui va combattre la morale relâchée au Paraguay. Je nourris des soldats. Je fais la guerre aux jésuites. Dieu me bénira." (A François Tronchin, le 4 janvier 1756).
"Quand le dernier des Autrichiens, mon cher Monsieur, aurait tué le dernier des Prussiens, cela n'empêcherait pas qu'il fallût songer à ses petites affaires." (A Jean-Robert Tronchin, le 14 octobre 1756)
"Le sang va couler à grands flots dans l'Allemagne, et il y a grande apparence que toute l'Europe sera en guerre avant la fin de l'année. Cinq ou six cents personnes y gagneront. Le reste en souffrira." (A la comtesse de Lutzelbourg, le 20 janvier 1757)
"Si vous voulez voir de belles batailles, des Allemands tués par des Allemands et quelques villes saccagées, il ne tiendra qu'à vous d'avoir au printemps ce petit divertissement. Cela vous dédommagera de l'uniformité de la vie genevoise." (A George Keate, le 17 février 1757)
"On se bat sur terre et sur mer et nous buvons et malgré ma mauvaise santé, je me tiens très heureux." (A Jean-Robert Tronchin, le 10 mai 1757)
"Il est bien doux de s'occuper de ces amusements [les vignes] tandis qu'on s'égorge sur terre et sur mer, que l'Allemagne s'épuise de sang, et la France d'argent." (A M. Le Bault, le 3 juillet 1757)
"Il ne faut pas que cette campagne finisse sans quelque nouvelle bataille. Nous n'en avons eu que trois. Il est doux d'être aux Délices." (A Jean-Robert Tronchin, le 21 septembre 1757)
"Il est clair que des gens qui négligent tous les beaux-arts et qui enferment les femmes méritent d'être exterminés." (A Catherine II de Russie, le 15 novembre 1768)
"Votre Majesté Impériale me rend la vie en tuant des Turcs." (A Catherine II de Russie, le 30 octobre 1769)
"Il paraît un manifeste des Géorgiens, qui déclarent net qu'ils ne veulent plus fournir des filles à Moustapha. Je souhaite que cela soit vrai, et que toutes leurs filles soient pour vos braves officiers qui le méritent bien. La beauté doit être la récompense de la valeur." (A Catherine de Russie, le 2 janvier 1770)
"Est-il bien vrai? Suis-je assez heureux pour qu'on ne m'ait pas trompé? Quinze mille Turcs tués ou faits prisonniers auprès du Danube, et cela dans le même temps que les troupes de Votre Majesté Impériale entrent dans Perekop?" (A Catherine II de Russie, le 7 août 1771)
"Me trompé-je cette fois-ci? Une flotte tout entière de mes amis les Turcs en cendres dans le port de Lemnos!" (A Catherine II de Russie, le 17 septembre 1771)
Et encore... Dans quel contexte général tout cela s'opère-t-il? (Qui était donc madame de Pompadour?)
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L'ouvrage de Michel J. Cuny : "Voltaire - L'or au prix du sang", Editions Paroles Vives (480 pages, 29 euros, port compris) peut être demandé auprès de
mjcuny.fpetitdemange@orange.fr
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27.02.2009
35 - John Law et sa recette miraculeuse...
En ce début de XVIIIème siècle, un Ecossais, aventurier autant que financier ou économiste, John Law (1671-1729), fils de l'un des plus riches orfèvres d'Edimbourg, s'installe à Londres, à l'âge de 21 ans. Deux ans plus tard, il se retrouve en prison après avoir tué un homme dans un duel, s'évade ou "est évadé" de la geôle, débarque sur le continent, séjourne en Hollande et arrive en France. Le voici proposant ses services, d'abord en 1707, à Desmarets, contrôleur général des Finances de Louis XIV, puis en 1715, juste avant la mort du roi, grâce au duc d'Orléans. A la mort de Louis XIV, une intrigue bien menée permet au duc de devenir régent. Philippe d'Orléans, libertin jusqu'à faire partie des "Roués" c'est-à-dire d'un groupe de débauchés, dépense, en fêtes et orgies, des sommes d'argent considérables.
Le projet de Law tombe à pic : l'Ecossais va être à l'origine d'une grande manoeuvre financière - la première du genre en France - qui laissera des traces dans les esprits du temps et des générations suivantes. Obtenant l'aval du régent et de l'entourage de celui-ci, il fonde la banque générale, à Paris, le 2 mai 1716. D'abord privée, puis d'Etat, elle émet du papier-monnaie et met donc en circulation les premiers billets de banque. Enfin, de grandes sociétés par actions sont créées telle la Compagnie d'Occident et la Compagnie des Indes. La banque doit suppléer à la pénurie du métal : il est question d'appeler à elle le métal et de donner en échange du papier-monnaie, afin de relancer l'économie et de permettre à l'Etat d'éponger ses dettes. Des actions sont émises et, pour attirer les actionnaires, une campagne de propagande est orchestrée : les terres coloniales de la Louisiane et du Mississipi sont présentées comme regorgeant d'or et de matières précieuses. Le 19 juin 1717, l'objectif paraît atteint puisque le duc de Noailles donne un bilan satisfaisant de la situation financière du royaume : le déficit de l'Etat, qui était de quelque 77 millions de livres en septembre 1715, est ramené à 8 millions.
Or, la multiplication de la monnaie fiduciaire qui dépasse les 100 millions de livres, en avril 1718, "dope" l'économie française en stimulant la spéculation et le développement des entreprises, et conduit à l'inflation. Début janvier 1720, John Law est nommé contrôleur des Finances, puis surintendant. En mars, l'Etat continue à mener une politique d'inflation, alors que les actions ne donnent plus qu'un médiocre dividende, avant que leur cours ne chute. En mai, 2,5 milliards de livres sont en circulation tandis que le numéraire reste rare. Le 21 du mois, c'est la banqueroute : des actionnaires viennent à la banque rechercher leurs espèces sonnantes et trébuchantes en échange de leurs billets mais l'Etat ne peut plus assurer la conversion des billets en métal. Voici ce qu'écrit Yann Fauchois pour la date du 28 mai 1720 : "Law démissionne du contrôle général des Finances; il est déchargé de toute fonction et ses attributions sont partagées. L'or et l'argent sont de nouveau autorisés à circuler librement. Les conseillers d'Etat Félix Le Peletier de La Houssaye, Charles Trudaine et Louis Fagon, chargés de dresser le bilan de la Compagnie des Indes et de la Banque royale, commencent à vérifier la comptabilité de la Banque de Law dès le 29 mai. On découvrira que Law a émis plus de billets qu'il ne le devait et le déclarait, mais aussi que le Régent a couvert l'opération. Les investigations seront mises en veilleuse."
Au cours de ces années, les actionnaires, qui ont le plus perdu dans l'affaire, sont ceux qui avaient engagé leurs modestes économies dans l'espoir de faire fortune et qui ne disposaient pas des informations nécessaires au moment m pour les récupérer sous la forme métallique avant le naufrage. Quant aux grands actionnaires, si de très rares ont pu se ruiner, beaucoup n'ont perdu dans cette aventure qu'une petite partie de leur capital ou que le superflu (fruits, l'une et l'autre, de l'extorsion de la plus-value sur le travail et donc de l'exploitation du travail d'autrui). Certains proches du Régent ont été parmi les premiers à sauver leur fortune : le prince de Conti et le duc de Bourbon étaient sortis de la banque depuis longtemps, avec des voitures pleines de métal, quand les petites gens s'y précipitèrent pour récupérer leurs économies - trop tard! - puisque le vent avait tourné... Le cours des actions dégringolait à une allure vertigineuse, une file d'attente devant les guichets s'allongeait, la panique s'emparait des épargnants... La banque suspendit ses remboursements avant de fermer définitivement ses portes au nez et à la barbe de nombreux(ses) actionnaires. Quant à l'Etat, il avait considérablement réduit sa dette.
Et Jean-Martin Wendel aussi. L'année 1720 est bénie par le maître de forges : grâce à la banqueroute de Law, voici l'ancêtre d'Ernest-Antoine Seillière, débarrassé de ses dettes plus tôt que prévu... Ce qui lui permet d'acquérir d'autres fermes, d'autres terres, d'autres bois. Par aillleurs, le château d'Hayange ayant besoin d'un rajeunissement, il peut le restaurer : le château, c'est-à-dire une grande bâtisse de trois étages à six fenêtres, avec dépendances à arcades et grand parc le long de la Fensch, petite rivière de campagne.
21:14 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : john law, louis xiv, le régent-duc, france, louisiane, mississipi, banqueroute, manoeuvre financière, wendel, seillière
03.02.2009
34 - La ruée vers l'or et le pillage organisé
En ce début de XVIIIème siècle, une crise monétaire vient s'abattre sur l'Europe toujours en manque d'espèces sonnantes et trébuchantes. Le métal étant rare, le commerce stagne et l'économie est entravée dans son développement. Les importations considérables, en Europe, de métaux précieux ne suffisent pas. D'où venaient ces métaux... précieux?
Au XVème siècle, des tribus vivaient, depuis des millénaires, sur d'immenses territoires de l'autre côté de l'Oceanus Occidentalis (l'Océan Atlantique). Lorsque les aventuriers européens, dont le plus tristement célèbre s'appelle Christophe Colomb, traversèrent l'Oceanus et débarquèrent de l'autre côté, ils s'approprièrent aussitôt les terres, par la force la plus brutale, et s'installèrent comme colons sur les territoires devenus "Amériques"; pour y vivre, ils réduisirent les tribus au travail forcé, notamment dans les mines d'or et d'argent, les chassèrent vers les terres les moins fertiles ou les massacrèrent. Mais, en exterminant les tribus pour mieux s'approprier les richesses du sol et du sous-sol, foncier et maritime (pierres précieuses, perles de culture, etc.), ils s'étaient privés d'une précieuse main-d'oeuvre.
Pour remplacer celle-ci, les colons, nobles et bourgeois, tentèrent, d'abord, d'importer d'Europe des pauvres gens, "volontaires" lié(e)s par contrat pour une durée plus ou moins déterminée, mais ces "volontaires", n'étant pas très nombreux(ses), malgré la misère dans laquelle ils-elles se trouvaient, à se présenter comme candidat(e)s à un voyage qui, souvent, se révélerait être le dernier, tant les conditions de travail y étaient terribles, les rabatteurs, à la solde des colons, ramassèrent et déportèrent, ensuite, par la force, hommes et femmes déclaré(e)s indésirables dans leur propre pays, vers le continent américain. Les résultats s'avérant décidément insatisfaisants, les bourgeois et nobles européens n'hésitèrent pas à s'engouffrer dans la traite des Noir(e)s qui allait fournir, à eux et à leurs amis des colonies, une main-d'oeuvre apparemment plus docile. Déporté(e)s dans des conditions inhumaines vers les Amériques, hommes, femmes et enfants, arraché(e)s à leurs terres d'Afrique et à leurs familles, allaient être mis(es) en esclavage dans les champs de cannes à sucre, de coton, de café, dans les fabriques sucrières, etc.
Il s'agit, du XVème au XIXème siècles, c'est-à-dire au-delà de la guerre d'indépendance américaine, de l'extermination d'un peuple puis de la déportation d'un autre peuple, les plus terribles qu'une poignée d'Européens, grands bourgeois et nobles (ceux-ci désireux de redorer leurs blasons), aient pu infliger à des peuples, et qui sont autant de crimes contre l'humanité restés impunis... Pire, en ce XXIème siècle, les dirigeants occidentaux font tout pour empêcher les descendant(e)s des tribus millénaires de retrouver leur place sur les territoires, en les tenant parqué(e)s dans des bidonvilles à la périphérie des agglomérations, et pour entraver le développement de l'Afrique par les Africain(e)s eux-(elles)-mêmes. La traite et la déportation, en s'emparant des Noir(e)s choisi(e)s parmi les plus vigoureux(reuses), ont rendu l'Afrique exsangue. S'appuyant sur les documents de l'UNESCO, publiés en 2004, Danielle Pétrissans-Cavaillès écrit: "De la sorte, la population africaine au milieu du XIXème siècle qui a été évaluée à 100 millions d'habitants, aurait été du double sans la traite."
L'un des ancêtres d'Ernest-Antoine Seillière de Laborde, Jean-Joseph de Laborde, possédait des navires négriers déportant hommes, femmes, enfants d'Afrique vers les Amériques, notamment vers l'Île de Saint-Domingue dans laquelle il possédait des plantations...
20:01 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : or, argent, travail forcé, esclavage, extermination des tribus d'"amérique", déportation, traite des noir(e)s
19.01.2009
33 - Jean-Martin Wendel, l'Ogre parvenu
Voici Jean-Martin Wendel signant l'acte daté du 8 mai 1704 qui fait de lui le nouveau propriétaire des forges de la Rodolphe et qui lui donne le titre de seigneur d'Hayange, près de Thionville, ainsi que les privilèges, contre paiement, de moyenne et de basse justice. Mais avoir la main sur la justice peut être utile, notamment dans les procès intentés par les héritiers des anciens propriétaires qui s'estiment floués. Pour acquérir tous ces biens, forges, terres et bois, Jean-Martin Wendel a dû emprunter l'argent à des banquiers. Le voici contraint à répondre à ses engagements et à rembourser ses dettes, contractées sur vingt ans, et donc à réussir sous peine de retomber dans la roture. En effet, si les forges lui permettent d'appartenir à la noblesse, il ne s'agit là que d'une noblesse passagère et non héréditaire; ses fils devront forger, à leur tour, s'ils veulent conserver les mêmes prérogatives.
Pierre Fritsch donne la description suivante du nouveau maître de forges tout heureux d'avoir mis le pied dans la petite noblesse, petite...: "Mais noblesse tout de même avec, à Hayange, une existence ressemblant à celle d'un petit gentilhomme : habiter au château, chasser, rendre la justice, porter l'épée, se faire saluer par ceux du village comme ceux de la forge, s'asseoir à l'église dans le banc seigneurial, puis, quand les enfants auront grandi, s'allier par mariage aux familles qui comptent dans la vallée." Pour que Jean-Martin réalise son rêve, il n'est donc pas difficile d'imaginer ce que vont être les conditions de travail des ouvriers embauchés dans l'entreprise sidérurgique Wendel.
Par ailleurs, Jean-Martin a toujours les dents longues... Or, voici que le propriétaire de la forge de la Marolle, Benoît de Malzy, rencontre de sérieuses difficultés : la Marolle est, avec la Rodolphe, la forge la plus importante d'Hayange, mais l'âpre concurrence des forges de Wendel n'est sans doute pas pour peu dans les problèmes de trésorerie qui mettent Benoît de Malzy dans l'incapacité, depuis cinq ans, c'est-à-dire depuis 1704, de payer la rente au seigneur. Cinq années... le temps, sans doute, pour Jean-Martin, de voir arriver la "bonne affaire".
En effet, le 24 décembre 1709, à la veille de Noël donc, le seigneur et maître d'Hayange réclame ses rentes, par voix de sergent, à la sortie de la messe. Benoît de Malzy ne pouvant payer, Jean-Martin Wendel, en vertu du droit féodal, fait saisir la propriété. Enfin, le 3 septembre 1715, après six années de procès, lors duquel il plaide et paye, il voit sa prise confirmée. L'acharnement qu'il met à acquérir terres, bois, etc. lui pose des problèmes de voisinage. Qu'importe, il plaide. Étant juge et partie, il gagne... Redisons ici que le patron du Medef devenu patron de l'Unice, Ernest-Antoine Seillière, est le fils de Jean Seillière et de Renée de Wendel, descendante, en ligne directe, de Jean-Martin...
21:19 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : wendel, seillière, travail, hayange
16.12.2008
32 - Une dynastie d'Ogres
Petit tour, du côté des ancêtres d'Ernest-Antoine Seillière, par les Wendel.
Vers la fin du Moyen Age, la famille Van Daël vit dans les Flandres, à Bruges, dans ce port d'activité et de passage qui donne à la ville son développement et permet aux grandes familles d'accroître leur fortune, de vivre fastueusement avec une nuée de domestiques à leur service, et de régner sur la cité. Mais les Van Daël, qui possèdent ou affrètent des navires de commerce sillonnant les mers, voient leurs activités réduites, notamment par les guerres de religion, et doivent se séparer des employés qui, par leur travail, constituaient le capital et le faisaient fructifier. Ils émigrent avec le reste de leur fortune en Allemagne.
A la fin du XVIème siècle, Jean Van Daël et son épouse, Marie Van Deren, sont à Coblence. Un capital, privé de sa source de profit principale - le travail -, n'est plus que de l'argent courant en voie d'extinction. Jean, ses fils et petits-fils, n'ont d'autre solution que celle d'entrer dans le métier des armes et de se mettre au service des princes allemands catholiques. Jean-Georges devient colonel d'un régiment de cavaliers croates, des mercenaires qui combattent pour l'empereur d'Allemagne. Coblence étant devenue prise de guerre au profit des Suédois, des Français et des Impériaux, les Van Daël quittent la ville et s'installent en Lorraine. Christian exercera le métier des armes, lui aussi dans la cavalerie, mais au service du duc de Lorraine, Charles IV. En 1660, il convole, en secondes noces et sur le conseil du duc, avec Claire Sauerfeld, une riche veuve de la noblesse luxembourgeoise, propriétaire d'une partie du fief de Longlaville situé à quelque trente kilomètres d'Hayange. En faisant l'acquisition de l'autre partie du fief, Christian devient l'un des vassaux du baron d'Eltz, alors propriétaire des forges d'Ottange. (Les Van Daël sont devenus entre-temps Wendel). Du mariage de Christian et de Claire, sont nés six filles, qui épouseront des seigneurs et barons des alentours, et trois garçons qui connaîtront des fortunes diverses. Jean-Martin, le cadet, sera à l'origine de la dynastie Wendel : c'est l'ancêtre, à la huitième génération, d'Ernest-Antoine Seillière de Laborde.
Au moment où Jean-Martin Wendel accède à l'âge adulte, le duc de Lorraine, Léopold, qui a perdu argent et pouvoir, se retrouve dans la dépendance du roi de France Louis XIV. Alors fermier sur les terres de la vieille baronne d'Eltz, elle aussi issue de la noblesse luxembourgeoise comme Claire Sauerfeld, Jean-Martin se voit confier la direction des forges d'Ottange. La dot d'Anne-Marguerite Meyer, fille du plus riche fermier de Volmerange, qui devient son épouse, lui permet d'acquérir des forges à Hayange, avec les terres et les forêts des environs qui apporteront le minerai, le bois et l'eau nécessaires à la production de la fonte et au travail du fer. Ces acquisitions faites, il prend le titre de seigneur d'Hayange...
Il restait à bénir le fourneau et à faire la prière pour que Dieu le rende utile et productif... "Dieu tout-puissant et éternel, de qui procèdent toutes choses créées, et qui, par une admirable disposition de votre bonté, avez voulu qu'elles servent à l'usage des hommes... Bénissez, nous Vous en supplions humblement, ce fourneau et détournez-en les astuces et les ruses du démon et rendez-le utile et productif. Que les ouvriers professionnels sachent obtenir par la vertu d'un feu bien réglé un métal convenable. Accordez-leur aussi qu'en même temps augmente en eux la grâce du salut."
Il est vrai que, de même qu'il faut protéger la poule qui fait l'oeuf, il faut protéger, de toutes les façons abstraites possibles, les ouvriers que l'on exploite de toutes les façons concrètes possibles...
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04.12.2008
31 - Le Banquet des Ogres
C'est auprès de la famille Wendel que le président de la République française, Charles de Gaulle, se fournirait en secrétaires d'Etat et en ministres... Exemples:
- Michel Debré, né d'un premier mariage de Robert Debré, deviendrait le beau-fils d'une Wendel, par le remariage de son père avec Elisabeth de La Panouse (fille de Sabine de Wendel et du vicomte Louis de La Panouse) mariée, en premières noces, au comte de La Bourdonnaye. Michel Debré sera Premier ministre du 8 janvier 1959 au 14 avril 1962.
- Yves Guéna sera le directeur-adjoint de Cabinet de Michel Debré, alors Premier ministre, dès janvier 1959; il sera nommé ministre des Postes et Télécommunications en 1967, puis ministre de l'Information le 30 mai 1968, avant de redevenir ministre des Postes et Télécommunications la même année jusqu'en 1969. Il avait épousé Oriane, petite-fille de Sabine de Wendel et fille issue du premier mariage d'Elisabeth de La Panouse avec le comte de La Bourdonnaye.
- François Missoffe sera nommé secrétaire d'Etat chargé du Commerce intérieur, dans le gouvernement de... Michel Debré, puis dans le premier gouvernement de Georges Pompidou; il sera ministre de la Jeunesse et des Sports de 1966 à 1968. Il faut dire que François Missoffe avait épousé Hélène de Mitry (petite-fille de François II de Wendel, fille de Marguerite de Wendel et du comte Emmanuel de Mitry, lui-même descendant des Wendel par la branche des Gargan). Hélène Missoffe deviendra secrétaire d'Etat à la Santé et à la Sécurité sociale dans le gouvernement Raymond Barre (1977-1978); quant à l'arrière-petite-fille de François II de Wendel, fille d'Hélène de Mitry et de François Missoffe, Françoise Missoffe, épouse de Guy de Panafieu, elle sera maire-adjoint de Paris, chargée de la culture, et décrochera un poste de ministre du Tourisme dans le gouvernement d'Alain Juppé, de mai à novembre 1995.
- Jean François-Poncet était d'abord secrétaire d'ambassade en 1955; en 1957, il participait à l'élaboration du traité de Rome; en 1970, il est à la direction de Carnaud S.A., leader français de l'emballage alimentaire; le 29 novembre 1978, il sera ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Raymond Barre jusqu'au 13 mai 1981. Il avait épousé Marie-Thérèse de Mitry, une de Wendel elle aussi, soeur d'Hélène.
Quant au comte Geoffroy de Montalembert, vice-président du Sénat de 1959 à 1962, il avait épousé Odile de Wendel, fille d'Henri de Wendel et de Galliane de Soucy.
Précisons tout de suite que le frère de François II de Wendel, Maurice Marie Ignace de Wendel, avait épousé Andrée des Moustiers-Mérinville et que, de ce mariage, étaient nées quatre filles : Renée, Ségolène, France et Berthilde. Renée de Wendel devait épouser le baron Jean Seillière, fils d'Ernest-Antoine Seillière et de Germaine Demachy.
Or, un autre Ernest-Antoine Seillière, qui fut président du MEDEF (ex-CNPF), de décembre 1997 au 5 juin 2005, est, depuis l'été 2005, le patron des patrons à l'échelle de l'Europe, puisqu'il est le président de l'UNICE rebaptisée, en janvier 2007, BUSINESSEUROPE. De 1964 à 1967, il s'était trouvé, au Quai d'Orsay (ministère des Affaires étrangères) aux côtés de Lionel Jospin. Ernest-Antoine Seillière n'est autre que le fils de Renée de Wendel et de Jean Seillière.
Si nous ajoutons qu'autrefois les Neuflize (entreprises textiles, sidérurgiques, bancaires) s'étaient alliés aux Schneider (entreprises sidérurgiques), que les Schneider s'étaient alliés aux Wendel par les Curel, et que les Seillière (entreprises bancaires, sidérurgiques, textiles) s'étaient alliés aux Demachy (entreprises bancaires), que l'ex-banque Seillière devenue banque Seillière-Demachy, puis banque Demachy, est entrée, par les fusions, dans la grande banque Mallet-Neuflize-Schlumberger-Demachy, en 2002, laquelle banque gère les plus grandes fortunes, se trouvait effectivement autour de la table gaulliste du 24 novembre 1959, à travers ces quelques familles bourgeoises qui n'ont jamais renoncé à leur anoblissement et même qui le revendiquent, la fine fleur de la démocratie républicaine...
18:55 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : de wendel, de gaulle, debré, guéna, missoffe, françois-poncet, de montalembert
27.11.2008
30 - Le Banquet des Ogres
À Londres, tandis que le gouvernement de Vichy, instauré par le maréchal Philippe Pétain, collaborait avec le régime nazi, et que la majeure partie de la population, hommes, femmes, enfants, souffrait cruellement de la faim, Charles de Gaulle avait fait à Yvonne, son épouse (selon le témoignage de celle-ci), cette déclaration de très bon goût à propos de ces affamés pas toujours dociles politiquement mais qui n'ont que leur force de travail pour vivre : "En rentrant en France, je les mettrai tous à la gamelle!"
Bien sûr, quelques années après être rentré dans ses foyers, Charles de Gaulle, devenu président de la République, ne mettrait pas tout le monde à la gamelle. Ou alors... le dîner qui sera donné au palais de l'Elysée, le 24 novembre 1959, le sera dans une gamelle dorée à l'or fin, puisqu'il rassemblerait la fine fleur de l'industrie et de la banque françaises. Mais laissons le chef du Protocole, Jean-Paul Alexis, nous décrire, non sans un brin de nostalgie, le cadre de cet événement : "Cette soirée "économique" fut un incontestable succès, avec un bon taux de participation. Sans doute les robes des femmes de nos grands dirigeants d'entreprise ne venaient-elles pas des mêmes couturiers que celles des épouses de fonctionnaires mais la qualité des invités était remarquable. C'était encore la grande époque - finissante - d'un certain monde des affaires avec ses grands noms." Quels "grands" noms ?
Voici le chef du Protocole supervisant le placement méticuleux des cartons, munis des noms les plus prestigieux, près des couverts, sur la table, avec le souci majeur de ne pas commettre d'impair... "Citons, dans l'industrie de l'acier, Emmanuel de Mitry (gendre de Wendel), Charles-Albert de Boissieu représentant Schneider (car le dernier du nom venait de mourir), Michel Paul-Cavalier (Pont-à-Mousson), le baron Petiet, François Lehideux, Jacques de Nervo. On retrouvait l'automobile avec François et Jean-Pierre Peugeot, François Michelin, la chimie avec Raoul de Vitry (Pechiney), René Perrin (Ugine), Arnaud de Vogüé (Saint-Gobain), Jean Delorme (Air Liquide), la construction navale avec René Fould (Saint-Nazaire), les armateurs avec Francis Fabre, le textile avec Marcel Boussac, Jean Prouvost, Charles Gillet. L'avionneur Marcel Dassault était, bien entendu, invité, ainsi que son banquier Albin Chalandon car la banque privée était largement représentée avec, entre autres, le baron Hottinguer, François de Flers (Indochine), les barons Guy et Edmond de Rothschild, le dernier baron de Neuflize, Pierre David-Weil (Lazard), le gouverneur Monik (Paribas), Jacques de Fouchier, etc."
Il y aurait beaucoup à dire sur chacun de ces noms dont certains retentissent en espèces sonnantes et trébuchantes depuis le début du XVIIIème siècle jusqu'à ce début de XXIème siècle : issu de la plus-value extorquée sur le travail effectué dans les pires conditions par les sans-nom, le capital, ici rassemblé, a été accumulé grâce à l'exploitation capitaliste maintenant séculaire de l'être humain par l'être humain. Nous nous limiterons au nom d'entre les noms, à celui qui sonne comme un coup de canon sur tous les champs de bataille de France, d'Europe et d'Amérique, depuis environ 1704 : Wendel.
À suivre...
20:45 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pétain, de gaulle, de mitry, de boissieu, schneider, peugeot, michelin
23.10.2008
De quoi demain sera-t-il fait?
En présence de la crise mondiale qui se développe sous nos yeux, et qui annonce manifestement une recomposition du système capitaliste et donc des différentes classes sociales qui en constituent la structure fondamentale, nous recommandons à chacune et chacun de se référer en particulier à la présentation qui est faite du livre récemment paru "Entretiens avec Karl Marx, Friedrich Engels, Vladimir Ilitch Lénine" sur :
http://petitdemangecuny.canalblog.com

Par ailleurs, nous invitons les personnes qui souhaiteraient participer à un travail d'analyse approfondie - en termes marxistes - des conditions économiques, sociales, politiques et culturelles dans le monde d'aujourd'hui, à entrer rapidement en relation avec nous.
11:36 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marx, engels, lénine, la crise mondiale
07.06.2008
Petit Ogre est devenu grand : Charles de Gaulle - 29
Dans quelles conditions le général de Gaulle a-t-il quitté le pouvoir en 1946? Quelle était la situation de la France? Ce qu'il en dit lui-même dans la lettre de démission, qu'il adresse le 21 janvier 1946 au président de l'Assemblée Nationale Constituante, ne semble pouvoir laisser place à aucun doute : "La France, après d'immenses épreuves, n'est plus en situation d'alarme. Certes, maintes souffrances pèsent encore sur le peuple français et de graves problèmes demeurent. Mais la vie même des Français est pour l'essentiel assurée, l'activité économique se relève, nos territoires sont entre nos mains, nous avons repris pied en Indochine, la paix publique n'est pas troublée."
Qui pourrait croire qu'il ne s'agissait là que du calme avant la tempête? D'une tempête imminente dont de Gaulle avait reçu la confirmation deux jours plus tôt, dans la lettre que Michel Debré lui avait adressée le 19 janvier 1946, et où nous pouvons lire ceci :
"Dans le courant de l'année 1946 et sans doute dès les premiers mois, nous subirons, non pas une crise, mais plusieurs crises.
Une crise de ravitaillement : celle-ci est déjà commencée mais il ne semble pas que l'on puisse trouver autre chose que des solutions provisoires et partielles. La menace existera durant l'année.
Une crise financière : le processus de l'inflation paraît largement commencé. Le Trésor a et aura des difficultés à trouver des souscripteurs et l'Etat connaîtra une situation difficile pour ne pas dire plus.
Une crise administrative : il n'y a pas eu, dans le courant de l'année, d'amélioration sensible du fonctionnement des administrations centrales et l'orientation qui paraît prise en ce qui concerne l'organisation régionale et départementale amènera plutôt un désordre qu'une amélioration.
Une crise économique : celle-ci sera sans doute à la fois moins visible et plus profonde. Elle vient, à mon sens, du fait que ni l'agriculture ni l'industrie ne sont en mesure de profiter de la reprise du commerce international.
Une crise sociale : on peut tout craindre d'une nouvelle hausse des salaires et des prix - et cette hausse n'est pas impossible."
Prenons l'exemple de la crise financière, et soulignons cette formule très significative : "Le processus de l'inflation paraît largement commencé." Sans entrer dans le détail des responsabilités personnelles prises par Charles de Gaulle lors de la mise en oeuvre, à la Libération, d'un franc mort-né qui plomberait la vie économique de notre pays tout au long de la IVème République, revenons, avec Claude Guy, dans l'intimité du couple de Gaulle, le 24 novembre 1946. Charles est occupé à faire ouvrir de grands yeux horrifiés à une Yvonne qu'on verrait, un mois plus tard, s'inquiéter de ce qu'il n'ait pas osé "mettre les Français à la gamelle" dès son retour sur le sol national. La voilà, la "gamelle" : "J'ai vu l'inflation en Pologne : c'était horrible. Chaque visage était hanté. Levées à quatre heures du matin, les ménagères faisaient la queue pour le pain, espérant acheter avant la hausse; car le prix du pain, vers la fin, changeait trois fois par jour. Le désespoir était partout. On ne pensait plus qu'à cela. Au début, la production se poursuivit, puis les agriculteurs et les industriels, lassés de ne plus trouver, en échange de leurs produits, que du papier ou de mauvais godillots, renoncèrent à produire. "A quoi bon?" pensaient-ils... Nous en arriverons bientôt là. Vous savez que notre cheptel, au lendemain de la Libération, se trouvait réduit à fort peu de chose. Oh! certes, les réquisitions, les bombes, etc., y étaient pour une bonne part. Mais il y avait aussi, j'en suis sûr, beaucoup de calculs de la part des éleveurs. Que les producteurs réduisent leur production, ce n'est pas là ce qui est tragique : s'ils la réduisent, c'est qu'ils le veulent bien! Non, la tragédie d'une inflation est pour ceux qui ne peuvent rien offrir d'autre que la prestation de leurs services. En Pologne, c'était, parmi ceux-ci, la misère noire. Nous en serons bientôt là", affirme-t-il sans émotion apparente."
"Ceux-ci"? Mais, bien sûr, comme l'indiquent les précisions qu'ajoute de Gaulle, il s'agit des personnes qui n'ont à offrir que leur force de travail... des communistes en puissance, n'est-ce pas? Quoi qu'il en soit, c'est bien aux travailleuses et travailleurs qu'est destinée la gamelle, vidée par l'inflation, que l'homme du 18 juin a gentiment mitonnée dès que la monnaie française est passée à portée de sa main d'Ogre...
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05.05.2008
Petit Ogre est devenu grand : Charles de Gaulle - 28
Par-delà le sang qu'il a fait couler en Indochine parce qu'elle avait le tort de faire trop de place au communiste Hô Chi Minh, et par-delà la détestation qu'il éprouvait pour les militantes et militants communistes de la métropole, il apparaît que de Gaulle visait le peuple français tout simplement.
André Malraux (1901-1976)
C'est ce que traduit ce premier propos tenu à Colombey en présence d'André Malraux, le 7 mars 1946 - quarante-cinq jours après son départ du gouvernement : "Que le ministre, que l'homme de parti, que le fonctionnaire, que la ménagère, que l'ouvrier ou que le patron se soient dit : "Ce sera dur. Il faudra subir. Poussons donc tous ensemble à la roue." Et la France était sauvée. On ne lutte pas contre tout un peuple, contre un peuple qui exigeait, dès la libération de Paris, la liberté de 1939... Quand Napoléon Ier a fait le 18 Brumaire, c'est que la France entière poussait derrière. Napoléon a fait le 18 Brumaire parce que la France l'exigeait. Quand Napoléon III a mis les partis à la porte, le courant national était dans son sens. Moi, j'ai eu affaire à une opinion qui poussait en sens inverse, qui s'effondrait sous moi." Parce qu'elle se battait pour reconquérir sa liberté...Toujours aussi agacé, le 1er juin 1946, de Gaulle tient des propos tout à fait comparables devant Claude Mauriac : "Que veut le peuple? Il veut un peu tout mais, essentiellement, il tient à deux choses : être gouverné et ne pas être chicané en ce qui concerne sa liberté. Etre gouverné?... Même quand tout n'allait pas parfaitement bien, le peuple me gardait sa confiance parce qu'il sentait obscurément que j'étais capable de le gouverner. Sa liberté?... Il s'en montrait fort jaloux, défendant son parti, son clan, son syndicat : c'est à ce titre qu'ils ont élu exactement les hommes politiques qu'il fallait choisir pour m'empêcher de gouverner... Voilà le cercle vicieux! Comment pouvait-on en sortir?"
Or, en matière d'aveu, rien jamais ne vaudra le délicieux dialogue survenu, en présence de Claude Guy, à la mi-décembre 1946, toujours à Colombey : "La voix de madame de Gaulle sort de l'ombre, timidement : - A Londres, je me rappelle que vous m'avez dit un jour : "En rentrant en France, je les mettrai tous à la gamelle!" Pourquoi ne l'avez-vous pas fait? - Le Général : Parce qu'ils ne l'auraient pas accepté. - Madame de Gaulle : Demain, ils ne l'accepteront pas plus! - Le Général : Pardon! Nous allons traverser une période terrible; après, seulement après, cela deviendra possible!
Et il ajoute, après un instant de silence, tristement : "Eh oui, bien sûr! La prochaine fois, il faudra employer pendant longtemps, je le crains, des méthodes d'un caractère beaucoup plus autoritaire...
Il dit encore : "Il faudra d'abord passer par une période de vaches maigres et, disons-le, de désespoir."
Mais la Résistance et sa lutte pour la liberté, mon général, n'était-ce donc rien? Pour recueillir sans broncher la réponse que de Gaulle fait à cette question le 14 mars 1948, il fallait être rien moins que l'amiral d'Argenlieu : "J'avais toujours pensé que la médaille de la Résistance serait l'objet de tout un trafic et je ne me suis pas trompé, puisque, si, au moment de mon départ, il n'y avait pas vingt mille médaillés de la Résistance, il y en a actuellement plus de soixante mille." Et puis : "Et puis, je peux bien vous le dire : ce qui importait, c'était de maintenir les compagnons de la Libération au pinacle, en n'étant pas trop sévère en ce qui concerne l'attribution de la médaille de la Résistance, qui, dans mon esprit, devait servir de dépotoir."
Propos qu'il faut rapprocher de ceux entendus par le même amiral seize mois plus tôt, le 17 décembre 1946, à Colombey toujours, et relevés avec le plus grand soin par Claude Guy : "Quant au régime que je souhaiterais pour la France... Ce régime serait à peu près celui-ci : il faudrait d'abord organiser un système dans lequel des hommes doués, des hommes disposant d'une réelle autorité, se consacreraient exclusivement aux affaires publiques. Et puis, à côté de ce premier système et en coexistence avec lui, un système à l'intérieur duquel les Français pourraient se livrer tout leur saoul à ce démon d'infamie qui les agite : alors là, ils pourraient s'en donner à coeur joie. Ils pourraient librement... pisser du vinaigre... baver... déverser leur bile... Seulement entendons-nous bien : sans que cela empêche aucunement les affaires publiques d'être gérées dans l'intérêt national!... D'une part, donc : les pouvoirs publics, la discipline, le prestige et la grandeur. De l'autre, et se donnant libre cours : l'invective, l'exclusive, la jactance, la calomnie, et même, si cela est nécessaire, l'infamie."
"Il observe alors que le régime le plus prolongé que les Français aient pu supporter s'appelait la monarchie : "Pourquoi? Parce qu'en dehors des Conseils du roi, où l'on travaillait, les passions politiques, qui étaient professées par un moins grand nombre de gens, avaient suffisamment d'espace pour se donner libre cours : il y avait la cour, il y avait les parlements, il y avait les salons..."
Et la Vème République, qu'est-ce donc?...
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