19.01.2009

33 - Jean-Martin Wendel, l'Ogre parvenu

     Voici Jean-Martin Wendel signant l'acte daté du 8 mai 1704 qui fait de lui le nouveau propriétaire des forges de la Rodolphe et qui lui donne le titre de seigneur d'Hayange, près de Thionville, ainsi que les privilèges, contre paiement, de moyenne et de basse justice. Mais avoir la main sur la justice peut être utile, notamment dans les procès intentés par les héritiers des anciens propriétaires qui s'estiment floués. Pour acquérir tous ces biens, forges, terres et bois, Jean-Martin Wendel a dû emprunter l'argent à des banquiers. Le voici contraint à répondre à ses engagements et à rembourser ses dettes, contractées sur vingt ans, et donc à réussir sous peine de retomber dans la roture. En effet, si les forges lui permettent d'appartenir à la noblesse, il ne s'agit là que d'une noblesse passagère et non héréditaire; ses fils devront forger, à leur tour, s'ils veulent conserver les mêmes prérogatives.

     Pierre Fritsch donne la description suivante du nouveau maître de forges tout heureux d'avoir mis le pied dans la petite noblesse, petite...: "Mais noblesse tout de même avec, à Hayange, une existence ressemblant à celle d'un petit gentilhomme : habiter au château, chasser, rendre la justice, porter l'épée, se faire saluer par ceux du village comme ceux de la forge, s'asseoir à l'église dans le banc seigneurial, puis, quand les enfants auront grandi, s'allier par mariage aux familles qui comptent dans la vallée." Pour que Jean-Martin réalise son rêve, il n'est donc pas difficile d'imaginer ce que vont être les conditions de travail des ouvriers embauchés dans l'entreprise sidérurgique Wendel.

     Par ailleurs, Jean-Martin a toujours les dents longues... Or, voici que le propriétaire de la forge de la Marolle, Benoît de Malzy, rencontre de sérieuses difficultés : la Marolle est, avec la Rodolphe, la forge la plus importante d'Hayange, mais l'âpre concurrence des forges de Wendel n'est sans doute pas pour peu dans les problèmes de trésorerie qui mettent Benoît de Malzy dans l'incapacité, depuis cinq ans, c'est-à-dire depuis 1704, de payer la rente au seigneur. Cinq années... le temps, sans doute, pour Jean-Martin, de voir arriver la "bonne affaire".

     En effet, le 24 décembre 1709, à la veille de Noël donc, le seigneur et maître d'Hayange réclame ses rentes, par voix de sergent, à la sortie de la messe. Benoît de Malzy ne pouvant payer, Jean-Martin Wendel, en vertu du droit féodal, fait saisir la propriété. Enfin, le 3 septembre 1715, après six années de procès, lors duquel il plaide et paye, il voit sa prise confirmée. L'acharnement qu'il met à acquérir terres, bois, etc. lui pose des problèmes de voisinage. Qu'importe, il plaide. Étant juge et partie, il gagne... Redisons ici que le patron du Medef devenu patron de l'Unice, Ernest-Antoine Seillière, est le fils de Jean Seillière et de Renée de Wendel, descendante, en ligne directe, de Jean-Martin...

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