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11.02.2008
Petit Ogre est devenu grand : Charles de Gaulle - 27
Georges Bidault (1899-1983)

Au-delà de son admiration haineuse pour le parti communiste et de son mépris sans bornes pour le parti socialiste qui détenaient à eux deux la majorité absolue à l'issue des élections d'octobre 1945, de Gaulle n'aurait-il pas pu trouver, dans le M.R.P. [Mouvement Républicain Populaire, de Georges Bidault; 24,1% des voix, à égalité avec les socialistes], le point d'appui nécessaire à sa politique au lendemain de la Libération?
Ayant abordé ce problème devant le sage de Colombey, Michel Debré reçoit cette réponse : "Le M.R.P., comme les autres partis, n'a pas de capacité. Je veux dire par là qu'il n'a jamais eu et n'aura jamais la capacité d'aller jusqu'au bout d'une nécessité nationale, ce qui signifierait : au nom d'une nécessité nationale, refuser, se défendre, s'arc-bouter, résister et même... eh oui! tirer. (Un temps.) Je suis persuadé, d'ailleurs, qu'il n'y aura pas à tirer, car l'esprit public n'est pas aux barricades. Oh! certes, les communistes vont bien essayer d'agiter un peu le secteur. Mais il n'y a rien de moins révolutionnaire que ce peuple, pour l'instant!... Quand bien même il ne s'agirait pas de tirer, il faudrait avoir assez de détermination pour faire face à la notion que, le cas échéant, on serait amené à le faire. Eh bien, mon cher Debré, il est parfaitement évident que la chose leur est à tous absolument impensable. - Vous ne pensez vraiment pas, mon Général, qu'il y aura besoin de tirer? - Mais non! Je ne parle pas de l'Empire, où, sur tel ou tel point, il faudra peut-être en découdre. Mais, dans la métropole certainement pas. Je ne dis pas, bien sûr, qu'il n'y aura pas, çà et là, quelques arquebusades, mais rien de sérieux, non, rien qui ressemble à une bataille rangée."
Une fois encore, à la mi-novembre 1947, ce seront les socialistes qui se chargeront du sale boulot, tandis que de Gaulle s'étonne qu'on puisse gémir pour si peu : "Quand je pense! Tant de bruit pour l'affaire de Marseille! Tant de boucan à propos de quoi? Un seul malheureux type tué et les communistes cherchent à déclencher la grève générale!" Mais - heureuse surprise! - au début décembre 1947, Robert Schuman (M.R.P.) étant devenu président du Conseil, vlà qu' ça tire, qu' ça commence à tirer; il n'est vraiment pas trop tôt. Claude Guy rapporte : "Il attache de l'importance au fait que les gardes mobiles ont fait, pour la première fois, usage de leurs armes, durant les grèves en cours. Il prédit sans passion : "Vous allez voir... Dorénavant, les hommes chargés du service d'ordre vont constater que, pour n'avoir pas tiré, certains de leurs camarades ont été tués ou blessés. Alors?... Eh bien, alors, ils tireront la prochaine fois!... Ce qui contrastera, d'ailleurs, avec l'attitude d'un gouvernement qui, lui, n'osera jamais tirer! Schuman, voilà leur grand homme!... Eh bien, vous verrez : Schuman n'osera jamais tirer.""
Quoi qu'il en soit, en Indochine, cela aura été, par chance, bien plus rapide, et, comme de Gaulle l'avait indiqué à Claude Guy au lendemain de l'insurrection qui avait produit 300 victimes civiles dans la région d'Hanoï (19 décembre 1946), quand ça saigne vraiment, c'est comme un boulevard qui s'ouvre devant celui qui sait y faire : "Il est heureux qu'on en soit arrivé là. Il est heureux que le Viêt-Nam ait engagé le fer. Dorénavant, d'Argenlieu est le maître. Il est heureux que nous ayons maintenant la possibilité d'agir et de régler la question. Je dois dire que le réflexe de conservation s'est produit favorablement : depuis six mois, l'opinion a fait des progrès. D'Argenlieu, je le répète, a maintenant les mains libres."
Et certainement, la suite immédiate donne raison à notre très grand visionnaire : ça saigne on ne peut mieux..., même si cela ne semble pas particulièrement enchanter le lieutenant-colonel Mirambeau qui vient rendre compte de la situation indochinoise le 13 janvier 1947 à Colombey-les-deux-églises, et qui avoue à Claude Guy : "L'état d'esprit des Français est bon. Il n'est pas question d'être jetés à la mer. Mais alors que les pertes étaient, avant le 19 décembre, de cinq tués et de quinze blessés par jour, nous comptons que nos pertes seront dorénavant de vingt-cinq tués et de soixante-dix blessés. D'ici le mois de juillet, il faut prévoir que cinq mille hommes seront à terre. Les renforts commencent à arriver, mais les équipements et les armes sont en insuffisante quantité, sans que nous ayons l'espoir de pouvoir les remplacer pour l'instant. L'état des pièces de rechange est tragique. Dès son retour, le général Leclerc a demandé à l'E.M.A [Etat-Major de l'Armée], en sus des demandes antérieures, l'envoi de renforts supplémentaires de quinze mille hommes : l'E.M.A. nous a répondu qu'il n'y fallait pas compter. Et si nous insistons, au lieu de chercher la solution du problème, on nous répond : "C'est impossible." Le Viêt-minh reçoit, par la Chine, de nombreux stocks d'armes. Il est impossible de prévenir ces infiltrations."
Mais la décision prise par de Gaulle en septembre 1945 est encore bien plus fructueuse qu'il n'y paraît puisque Claude Guy ajoute : "Le colonel Mirambeau m'indique que les deux plus grandes menaces sont, pour l'instant : l'assassinat des notables pro-français, qui, à dater du 19 décembre, s'est effectué à grande échelle. Des milliers et des milliers de notables sont ainsi assassinés. La France a déjà perdu ainsi, dans les villages, sans qu'aucune opération militaire s'y soit d'ailleurs déroulée, l'armature indispensable de ses amitiés anamites."
Ce qui signifiait, à l'évidence, que tout était déjà perdu... Bravo, de Gaulle, qui n'en persistera pas moins à hurler à la mort pendant sept années encore!...
16:45 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, de gaulle, indochine, communistes, socialistes




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