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28.01.2008

Petit Ogre deviendra grand : Charles de Gaulle - 23

      Lecteur attentif, dès 1934-1935, de l'ouvrage Vers l'armée de métier d'un certain lieutenant-colonel de Gaulle, Hitler en deviendra un annotateur attentif, selon la découverte - ci-dessus rapportée - effectuée dans le nid de l'Ogre à Berchtesgaden, le 6 mai 1945, par Alain de Boissieu, futur gendre de l'homme du 18 juin. Or, comme on l'a vu, loin de s'en tenir à une admiration silencieuse, Hitler avait immédiatement organisé l'étude approfondie, par l'Etat-Major allemand, de cet ouvrage qui énonçait peut-être la nouvelle doctrine de guerre de l'armée française.

      Comment, dès lors, mesurer l'impact, sur l'esprit du chef nazi, des propos qu'on lira ci-dessous? Ne lui parlait-on pas de l'instrument qu'il lui fallait, à lui tout spécialement? Cette violence agissant par elle-même, sans aucune considération pour les dégâts humains qu'elle était faite pour produire et pour répandre, n'était-elle pas destinée à lui aller comme un gant, un gant de fer, un gant de feu et de sang, que Charles de Gaulle lui aura offert si bénévolement - dans tous les sens du terme?

      Car, s'il y a bien du génie dans les conceptions militaires du futur chef de la France libre, si ce génie n'a pas été protégé - du fait de son auteur même - par le plus grand des secrets, s'il a permis à Hitler de débrider ses éventuels scrupules en voyant à quel point le possible porte-parole de l'ennemi héréditaire en était dépourvu, comment mesurer la responsabilité dudit Charles de Gaulle dans le désastre planétaire que fut la seconde guerre mondiale?

      En effet, qu'était-ce donc que l'armée allemande en 1934? Qu'était-ce donc, à ce moment-là, que l'aptitude du caporal Adolf Hitler à définir un outil de guerre et à en devenir le virtuose qu'aucune considération humaine n'arrêterait plus jamais?... Et soudain, il lui apparaît que l'essentiel a déjà été inscrit noir sur blanc par un officier français...

      En tout cas, dès 1934 et sous la plume de Charles de Gaulle, voici rassemblés les moyens nécessaires à l'Ogre des Ogres pour que commence bientôt l'horreur qui désignera à tout jamais le XXème siècle...

      "Il est de fait, dorénavant, que sur mer, sur terre et dans les airs, un personnel de choix, tirant le maximum d'un matériel extrêmement puissant et varié, possède sur des masses plus ou moins confuses une supériorité terrible."

      "Pour peu que la foule consente à s'organiser, à s'instruire avec toute la rigueur qu'exige désormais l'outillage, bref qu'elle cesse d'être la foule, les éléments spécialisés perdraient progressivement leur puissance relative. Mais, pour un délai de plus en plus long, dans un espace de plus en plus large, à mesure que s'accroissent la complication et le rayon d'action des moyens, les professionnels, dans leurs navires, leurs avions, leurs chars, sont assurés de dominer."

      "Un instrument de manoeuvre répressif et préventif, voilà de quoi nous devons nous pourvoir. Instrument tel qu'il puisse déployer du premier coup une extrême puissance et tenir l'adversaire en état de surprise chronique. Ces conditions de brutalité et de soudaineté, le moteur donne le moyen d'y satisfaire, lui qui s'offre à porter ce que l'on veut, où il le faut, à toutes les vitesses, pourvu toutefois qu'il soit manié très bien."

      "...les entreprises autonomes, la surprise, l'exploitation, répondent par excellence au caractère de l'instrument nouveau."

      "Comment, enfin, ne pas tenir compte de l'impression que peut produire, sur des groupements non aguerris, le péril révélé soudain à la plus haute dose possible et sous la forme la plus effrayante?"

      Comme les hommes du mois d'août 1914 ont pu s'en apercevoir : "Toutes les résolutions, illusions, vantardises, dont ils s'étaient cuirassés, s'écroulèrent en un clin d'oeil, les laissant épouvantés au milieu des blessés hurlants et des cadavres tués raides."

      "C'est une vérité d'expérience que la révélation du feu, infligée à des troupes mal assurées, peut entraîner de graves conséquences, et tout commande que le corps de choc, pourvu des engins les plus puissants et surprenants, en tire parti sans perdre un jour."

      "Peut-être même, l'acte de force se trouverait-il entamé sans qu'aucun des deux partis ait déclaré l'état de guerre, afin de ménager l'hypocrisie générale et d'éviter des complications juridiques gênantes pour les relations."

      "Pour peu que l'on consente à donner sur ses intentions le change à son propre camp, que l'on égare à dessein ceux-là mêmes qu'on médite d'employer et que, par astuce calculée, on utilise pour répandre de trompeuses hypothèses tant de moyens qui, de nos jours, permettent à chaque parti de discerner ce qui se passe chez l'autre, on pourra derrière le mensonge cacher la réalité."

      "Mais souvent, le succès remporté, on se hâtera d'en cueillir les fruits. Partant de l'objectif atteint, l'armée de métier poussera dans la zone des trophées."

      Et voici quelques travaux pratiques pour l'armée française : "Atteindre le Danube souabe, c'est prévenir la réunion de l'Autriche et de l'Allemagne. En débouchant sur le Main, nous galvanisons les Tchèques. En saisissant Trèves et l'Eifel, nous couvrons à la fois Lorraine, Belgique et Luxembourg. Si l'on tient Düsseldorf, on peut paralyser la Ruhr. Que Lyon soit menacé à travers le territoire suisse, sa protection est à Genève. Qui dispose de la Sardaigne est dans les meilleures conditions pour dominer la Méditerranée de l'ouest."

      Avis à tous les Etats neutres, et puis à Mussolini... Ah! comme ce beau ramage a dû captiver l'oreille d'Adolf Hitler!...

 

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