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30.12.2007
Quand les Ogres se souviennent - 15
Avec un Hitler un peu plus compréhensif, la défaite de 1940 aurait pu s'offrir aux prétendues "élites" françaises comme le bienheureux soixante-dixième anniversaire d'un événement... malheureux : la capitulation de Napoléon III devant les Prussiens de Bismarck le 2 septembre 1870 à... Sedan. Evénement malheureux pour un instant, car il avait été bientôt compensé, et bien au-delà, par la saignée magistrale infligée en mai 1871 au prolétariat parisien rassemblé dans sa désormais inoubliable Commune : 17.000 fusillés, officiellement... dans le feu même de l'action. Avec ensuite, tout aussi officiellement, et en prenant le temps d'y réfléchir à deux fois, ces 24 conseils de guerre qui jugent 80 enfants, 132 femmes, 9.950 hommes, et en condamnent 270 à mort, 410 aux travaux forcés, 4.016 à la déportation dans une enceinte fortifiée, 3.507 à la déportation simple, 1.323 à la détention ou à la réclusion et 322 au bannissement.
Un vrai bonheur, en effet, puisque, comme l'écrivait Edmond de Goncourt, dès le 31 mai 1871, dans son Journal : "Enfin la saignée a été une saignée à blanc; et les saignées comme celle-ci, en tuant la partie bataillante d'une population, ajournent d'une conscription la nouvelle révolution. C'est vingt ans de repos que l'ancienne société a devant elle, si le pouvoir ose tout ce qu'il peut oser en ce moment."
Mais le pouvoir d'après 1871 allait-il l'oser? Oser quoi? Oser quoi encore, après tant de sang? Après la guerre civile, summum d'une lutte de classes dont les dominants aiment tant à dire qu'elle n'existe pas; ce qui ne les a jamais empêchés de forger à tout moment les armes que, le moment venu, ils n'hésitent jamais à utiliser à fond comme le recommande, par exemple, le 17 avril 1871, le Journal Officiel des Versaillais d'Adolphe... Thiers : "Pas de prisonniers! Si, dans le tas, il se trouve un honnête homme réellement entraîné de force, vous le verrez bien; dans ce monde-là, un honnête homme se désigne par son auréole. Accordez aux braves soldats liberté de venger leurs camarades en faisant, sur le théâtre et dans la rage de l'action, ce que de sang-froid ils ne voudraient plus faire le lendemain."
Oser quoi, après l'ignominie du gouvernement de la Défense nationale proclamé deux jours après la capitulation de Napoléon III à Sedan et présidé par le général Trochu qui n'en finira pas, en sa qualité de précurseur lointain de la "drôle de guerre", d'organiser de fausses attaques contre les Prussiens encerclant la capitale, pour que surviennent enfin le 28 janvier 1871 la convention de capitulation, le 17 février l'arrivée de Thiers à la tête de l'Exécutif, le 1er mars la ratification de la paix qui abandonne l'Alsace-Lorraine à la Prusse, le 18 mars 1871 l'échec de la reprise, à la population parisienne, des canons que, selon l'avis même des Prussiens, elle avait utilisés héroïquement lors de la défense de Paris; puis la libération par Bismarck des 40.000 prisonniers français que Thiers enverra immédiatement massacrer le prolétariat parisien, hommes, femmes et enfants...
Oser quoi? Eh bien, par exemple, la "Réforme intellectuelle et morale" proposée par celui qu'on appellera bientôt le "burgrave de la république" : Ernest Renan... Le voici à la Sorbonne, le 11 mars 1882, occupé à répondre à la question : "Qu'est-ce qu'une nation?" "L'essence d'une nation est que tous les individus aient beaucoup de choses en commun, et aussi que tous aient oublié bien des choses."
Illustrons ceci par le thème de rédaction proposé aux élèves du cours élémentaire le 16 août 1884 : "Un bon Français. Composition - canevas. À l'hôpital de Toulon, un jeune sergent subit une amputation pour une blessure subie au Tonkin. Le blessé se réveille, regarde la plaie : "Il vaut mieux cela que d'être Prussien", dit-il. Le sergent était de Metz."
Voilà ce qu'"ils" ont osé faire...
Et voici la vérité bourgeoise telle qu'avait osé la proférer pour ses "pairs", au lendemain de la perte de l'Alsace-Lorraine, le même Ernest Renan : "Si la Prusse réussit à échapper à la démocratie socialiste, il est possible qu'elle fournisse pendant une ou deux générations une protection à la liberté et à la propriété. Sans nul doute, les classes menacées par le socialisme feraient taire leurs antipathies patriotiques, le jour où elles ne pourraient plus tenir tête au flot montant, et où quelque Etat fort prendrait pour mission de maintenir l'ordre social européen."
En 1940, la ligne politique de la bourgeoisie française était donc déjà écrite... croyait-elle...
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27.12.2007
Quand les Ogres se dévorent entre eux - 14
Le rapport établi pour le Gouvernement français par Pierre Taittinger et ses collègues députés en mars 1940 souligne un point essentiel de la situation du front dans le secteur de Sedan : "Avant d'entrer dans le détail, signalons que la plupart des troupes visitées sont des régiments de formation B, que la DCA est à peu près inexistante, que l'aviation pour l'ensemble de l'armée est réduite à un appareil d'observation et à quelques appareils de chasse."
Ainsi, l'armée commandée par le général Huntziger, futur ministre de la Guerre du maréchal Pétain, n'est pas seulement à peu près invalide au sol, mais il se trouve que, dans les airs, elle est quasiment aveugle. En tout cas, elle n'y voit guère que d'un oeil, dirait-on. À moins que ce ne soit plus grave encore : on se prend à songer que nous n'en sommes, alors, encore et toujours, qu'à la drôle de guerre et que, comme dans le jeu de colin-maillard, il y a le temps plus ou moins long durant lequel ce serait tricher que d'ouvrir les yeux et même un seul d'entre eux...
Mais c'est bien sûr sans rire que le rapport poursuit le récit de la partie engagée : "L'aviation allemande se promène, en ce secteur, en liberté, photographie les moindres mouvements de terre et se réfugie en Belgique, terre d'asile, à la première apparition de nos chasseurs."
Sans doute très conscient de l'immense responsabilité d'autruche qui pèse sur lui - puisque la ligne Maginot, l'armure de la France d'après l'hécatombe de 1914-1918, s'arrête un peu avant Sedan, ce qui fait de la zone qu'il commande le très manifeste défaut de la cuirasse qui hante les nuits de tous les militaires et plus encore de ceux qui ont la haute main sur une armée tant soit peu importante -, le général Huntziger, loin de marquer la moindre inquiétude, répond tranquillement au rapport en évoquant fièrement les 8000 mètres cubes de béton déplacés pour ajouter à la sécurité de la France, et constate avec le plus grand calme que... "L'insuffisance relative de la DCA et de l'aviation pour s'opposer efficacement au survol de la IIème Armée par l'aviation ennemie est réelle. Mais c'est là une situation de fait que j'ai signalée à plusieurs occasions au commandement. Je ne dispose d'aucun moyen propre pour l'améliorer."
Et d'ailleurs, très content de son sort et sans doute des belles journées d'un printemps aussi calme, il pense ne rien avoir à demander au-delà de ce qui lui permettra d'être au premier rang pour assister à la catastrophe : "J'estime qu'il n'y a aucune mesure urgente à prendre pour le renforcement du secteur de Sedan, qui, ainsi qu'il est demandé, se poursuit, sous la direction du général-commandant le Xème Corps d'armée, avec énergie et avec tous les moyens en matériel et en personnel qui peuvent être mis en oeuvre."
Le résultat de tout ceci, une fois le gros des armées françaises imprudemment avancé sur le sol de Belgique, c'est le très célèbre coup de faucille du général allemand Guderian : en 8 jours, de Sedan à l'embouchure de la Somme, la France a la gorge tranchée, et l'ennemi intérieur ne serait pas le seul à en payer le prix...
Une toute petite question avant d'aller plus loin : le général Huntziger faisait-il lui aussi partie de la Cagoule?...
10:35 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : histoire, général Huntziger, ligne Maginot, général Guderian
21.12.2007
Quand les Ogres se dévorent entre eux - 13
La trahison qui a conduit à la défaite de 1940 et à la débâcle qui lui a servi de cortège a revêtu des aspects multiples. Mais le fond en était certainement ce petit caillou noir qui aura servi de centre de ralliement au camp des Ogres : "Plutôt Hitler que le Front Populaire."
Cette formule, eût-elle été dite et répétée, n'aurait toutefois pas pris alors la couleur criante qu'elle a aujourd'hui. L'Espagne de Franco avait bénéficié dès 1936 de cette aide militaire, plus ou moins bénévole, de Mussolini et de Hitler qui lui avait permis d'en finir trois ans plus tard avec la république et... le Frente Popular. Elle n'avait pas, pour autant, été envahie, découpée en morceaux et soumise aux pires exactions nazies.
Sans doute croyait-on, ici ou là, que les exploits des troupes de Hitler se résumeraient à mettre à genoux l'ennemi intérieur, à faire un peu de tourisme, puis à repartir comme elles étaient venues, selon la formule : "Trois petits tours et puis s'en vont." Il fallait donc que l'entrée du pays ne leur soit pas trop coûteuse, et pas trop coûteuse la "défense" de ce même pays par les troupes françaises...
Nous y voici donc... Avec tout d'abord, une ligne Maginot qui s'arrête tout juste à l'endroit où, sans le vouloir mais par l'effet de la géographie, la France tend son cou gracile à l'ennemi qu'on aura longtemps dit "héréditaire", et dont la dernière visite entre voisins avait additionné, deci, delà, quelques millions de morts, d'invalides, de veuves, d'orphelins, etc.
Déclarée le 2 septembre 1939, la guerre suivait drôlement sa route à travers l'automne, l'hiver et l'annonce du printemps, non sans susciter toutefois quelques inquiétudes du côté d'une certaine droite - qu'on dira nationaliste - qui se décide enfin à y regarder de plus près. Le 8 mars 1940 et les jours suivants, un groupe de députés conduit par Pierre Taittinger rend visite aux Ière, IIème et IXème armées. Il établit un rapport qu'il remet au président du Conseil, Edouard Daladier, qui le transmet, le 21 mars, "pour information et suite à donner", au généralissime Gamelin, qui se tourne le 1er avril vers le général Georges "pour éléments de réponse", et voici que la patate chaude arrive dans les mains du général Huntziger le 3 avril "en communication".
Oui, oui, le général Huntziger est effectivement le commandant en exercice de la zone qui inclut Sedan, et c'est bien lui qui conduira la délégation française qui ira plier l'échine devant Hitler dans le wagon de Rethondes. L'Histoire n'a pas distribué les rôles autrement.
Et alors?... Alors, il y a maintenant ce rapport établi en pleine guerre, par et pour des gens qui avaient connu, souvent jusque dans leur chair, le bout de tranchée que l'on défend pied à pied, que l'on s'efforce de reprendre le lendemain si on l'a perdu la veille, et le prix à payer pour la moindre brèche, pour la plus petite faute d'inattention, etc...
Le rapport de mars 1940 le dit pourtant clairement : "Pour conjurer en particulier le triste souvenir que la visite du secteur de Sedan fait revivre, des mesures urgentes doivent être prises." Or, ce billet doux, on se le repasse très doucettement, avec des annotations plus ternes les unes que les autres. Il n'y a décidément pas le feu puisque :"Les organisations défensives sont, dans ce secteur, rudimentaires, pour ne pas dire embryonnaires." (C'est souligné dans l'original.) Mais oui, il s'agit de petits cailloux noirs fort joliment déposés pour l'ennemi : "Les Allemands ont montré, en 1914, qu'ils étaient passés maîtres dans l'art d'utiliser le couvert des bois et nous pourrions avoir, de ce côté, un jour prochain, une surprise suivie d'amères déconvenues. Nos ennemis évitant le point solide de Montmédy pourraient se laisser "couler" en direction de Sedan, point particulièrement faible de notre système défensif."
Et voici les Allemands en passe de se la couler douce sur le sol de France. Ah, s'ils l'avaient su, la trahison n'en aurait été que plus réussie...
Eh bien, justement, ils le savaient... pour l'avoir, de leurs yeux, vu, et pas dans le marc de café.
17:50 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, Front Populaire, Frente Popular, Franco, Mussolini, Hitler
15.12.2007
Basses manoeuvres des Ogres - 12
En route pour le pire...
Alliée de l'Angleterre, la France était donc, comme elle, en guerre contre l'Allemagne nazie depuis le 2 septembre 1939. On le sait, la guerre n'est jamais spécialement "drôle". S'il en fut de drôles, on n'en connaît aucune qui, après le premier sang versé, le soit demeurée longtemps. Mais la guerre, qui s'est déroulée du 2 septembre 1939 au 10 mai 1940 entre la France et l'Allemagne d'Hitler, restera à tout jamais "la drôle de guerre". Si son caractère drolatique n'est pas contestable, ce n'est toutefois pas dire qu'elle ait été spécialement amusante... Pas plus amusante qu'une partie de poker menteur, mais pas moins pour ceux qui, tout en se faisant des peurs bleues, pensaient avoir toutes les bonnes cartes, et quelques autres plus ou moins fausses qu'on pourrait brandir devant les yeux du "bon peuple" qu'il était impératif de mystifier.
Le bon peuple, c'est-à-dire le "populaire", celui qu'on avait vu se rassembler au titre d'un certain "Front Populaire", terreur des possédants. Or, comme Lénine l'a écrit : "Même en temps de guerre, la lutte des classes à l'intérieur a infiniment plus d'importance que la lutte contre l'ennemi extérieur."
Le côté très particulier de la première phase de la seconde guerre mondiale, c'est que l'ennemi intérieur, communiste et cégétiste, trouvait son répondant à l'extérieur : l'U.R.S.S. Et voilà ce que Hitler ne voulait pas entendre. Pire : oublieux de tous ses devoirs, de ce pour quoi on l'avait adoubé à Munich, l'anticommuniste parfait n'avait pas hésité à inscrire très officiellement sa volonté de non-agression envers ce diable de Staline dans un pacte lancé comme un crachat à la face de ceux qui étaient venus s'humilier devant lui et devant Mussolini le 30 septembre 1938!...
Qu'à cela ne tienne. Après la veulerie de Daladier, voici la fougue de son ministre des Finances, Paul Reynaud, qui, le 23 mars 1940, prend sa place dans le fauteuil de la présidence du Conseil. Or, Paul Reynaud, c'était l'homme qui, à la fin de 1938, avait obtenu l'anéantissement de la loi des 40 heures, ce qui avait été formalisé par les décrets-lois dont le principal rédacteur aura été un certain Michel Debré qui n'en était, semble-t-il, pas peu fier...
Deux jours après son accession à la tête de l'exécutif, Paul Reynaud adresse à l'allié britannique une communication dont voici les passages essentiels: "Pour ressaisir l'initiative qui leur a échappé, il importe que les deux Gouvernements, forts de l'enseignement des derniers événements, s'appliquent sans tarder à dégager des circonstances présentes toutes les possibilités qu'une conduite énergique et audacieuse de la guerre leur permet encore d'exploiter." Paul Reynaud évoque d'abord le contrôle des eaux territoriales norvégiennes, puis... "Sur la mer Noire et la Caspienne, une opération aussi décisive s'impose aux Alliés non seulement pour restreindre le ravitaillement en pétrole de l'Allemagne, mais surtout pour frapper de paralysie toute l'économie de l'U.R.S.S. avant que le Reich n'ait réussi à la mobiliser à son profit."
Il y a certes un os : "L'absence d'un état de guerre entre les Alliés et la Russie sera peut-être considérée par le Gouvernement anglais comme un empêchement juridique à cette entreprise. Le Gouvernement français ne méconnaît pas cet obstacle. Il estime, pour sa part, que nous ne devons pas hésiter à l'écarter, en assumant, s'il le faut, la responsabilité d'une rupture avec l'U.R.S.S." Voilà pourquoi... "Le Gouvernement français est prêt, si le Gouvernement anglais le juge nécessaire, pour l'entreprise d'une action militaire au Caucase, à examiner immédiatement avec le Cabinet de Londres la meilleure justification à invoquer pour mettre fin à nos relations diplomatiques avec un gouvernement dont nous condamnons les dernières spoliations et dénonçons la collusion, chaque jour plus affirmée, avec le Gouvernement allemand."
Vraiment, comptait-on désormais faire la peau à la fois à l'Allemagne et à l'U.R.S.S.? Evidemment non!... Faut-il, en conséquence, retenir ici la petite voix qui annonce la trahison des élites françaises : "Hitler, Hitler, m'entends-tu?"
18:35 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, lutte des classes, Lénine, Paul Reynaud
11.12.2007
Basses manoeuvres des Ogres - 11
En matière de tergiversations, la Pologne du colonel Beck avait fait mieux que la France de Daladier. De sorte que, lorsque la Tchécoslovaquie, d'abord livrée sans défense à Hitler en fin septembre 1938 par les accords de Munich, avait été totalement rayée de la carte par le même en mars 1939, la Pologne avait reçu sa part - le territoire de Teschen -, part modeste sans doute, mais annonciatrice, peut-être, de nouvelles gratifications plus conséquentes... l'Ukraine, par exemple?...
Erreur!... Le 1er septembre 1939, sans déclaration de guerre, les troupes hitlériennes entrent en Pologne. Vingt-sept jours plus tard, c'est la capitulation. Entre-temps, l'U.R.S.S., comme le prévoyaient les accords Molotov-Ribbentrop, est venue s'établir, prudemment (cela se vérifiera en 1941), sur la ligne Curzon qui lui avait été proposée, à partir de raisons historiques précises, par les Britanniques lors du traité de Versailles (1919), et qu'elle avait dû abandonner en 1920, à la suite de la contre-offensive polonaise menée par le maréchal Pilsudski avec l'aide du général français Weygand.
Fouettées par les événements, dès le lendemain de l'attaque allemande contre la Pologne, c'est-à-dire le 2 septembre 1939, l'Angleterre et la France s'étaient décidées, elles, à "déclarer" la guerre à l'Allemagne. Cette fois-ci, le grand mot était lâché... Mais si Hitler avait pu apprendre, dans le livre d'un lieutenant-colonel français dont nous reparlerons ailleurs, qu'il n'est pas nécessaire de déclarer une guerre pour la faire, les fougueux alliés de la Pologne préféraient penser qu'on peut - qu'on doit - "déclarer" la guerre - sans doute cela est-il un devoir moral -, mais qu'on ne doit surtout pas la faire... Périsse la Pologne!...
Car la guerre, la France de Daladier est d'abord occupée à la faire à l'intérieur, sur le front du temps de travail.
Après que la C.G.T. ait été brisée fin novembre 1938 sur sa volonté de maintenir les 40 heures de travail hebdomadaires, les mois s'étaient gentiment écoulés et, le 30 mars 1939, on en était enfin arrivé à un décret qui autorisait la semaine de 60 heures dans les usines travaillant pour la défense nationale. En face, le capital ne s'y était pas trompé : en dix mois, de novembre 1938 à août 1939, veille de l'entrée officielle en guerre, les arrivées d'or en France semblent avoir dépassé la somme de 26 milliards de francs, le stock total atteignant dès lors le double de celui qui était disponible à la veille de la première guerre mondiale.
Même après que les grands mots eussent été prononcés, les investisseurs auraient eu tort de s'inquiéter... Le 20 février 1940, la Chambre des députés vote la déchéance de 60 députés communistes sur les 67 du temps du Front Populaire. Le 20 mars s'ouvrira le procès des 44 députés communistes inculpés de reconstitution d'organisation dissoute; 37 d'entre eux seront condamnés à 5 ans de prison ferme.
La veille, le ministre de l'Intérieur, Albert Sarraut, dressait devant le Sénat le bilan de ce qui s'assimile peu à peu à une guerre civile de moins en moins larvée : 2718 élus déchus, 1100 perquisitions, 3400 arrestations, 1500 condamnations prononcées, 700 fonctionnaires épurés, 555 suspects envoyés dans des centres de surveillance, 2500 étrangers internés au camp de Vernet, 620 syndicats et fédérations syndicales dissout(e)s, une centaine de conseillers prud'hommes déchus de leurs fonctions...
Guerre civile ou pas, en tout cas, depuis ce même mois de mars 1940, et grâce à la vigilance du socialiste Sérol, l'Etat français dispose de la peine de mort pour sanctionner toute activité communiste... Avis aux candidats!...
Eh bien, ce n'était toujours pas le pire!...
18:30 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : histoire, économie, temps de travail, capital, investisseurs, communistes
10.12.2007
Basses manoeuvres des Ogres - 10
En octobre 1938, au lendemain de la trahison de Munich, Staline écrivait à propos du décalage entre les menaces permanentes proférées par Hitler et l'attitude constamment conciliante de la France et, plus encore, de l'Angleterre : "La deuxième guerre impérialiste a pour l'instant ceci de particulier qu'elle est conduite et déployée par des puissances agressives, tandis que les autres puissances, les puissances "démocratiques", contre lesquelles elle est bel et bien dirigée, font mine de croire que cette guerre ne les concerne pas, s'en lavent les mains, reculent, exaltent leur amour de la paix, invectivent les agresseurs fascistes et... livrent tout doucement leurs positions aux agresseurs, non sans prétendre se préparer à la riposte."
Pendant ce temps, le journal allemand, Hamburger Fremdenblatt, faisait pour sa part la constatation suivante : "L'Allemagne est parvenue à éliminer la Russie soviétique du concert des grandes puissances. Tel est l'aspect historique de Munich." Ce que vient pimenter le propos tenu en 1945 devant le tribunal de Nuremberg par le maréchal Keitel : "Le but de Munich était de mettre la Russie hors d'Europe."
Après Munich, et de mois en mois, l'U.R.S.S. constate qu'en aucun cas ni l'Angleterre ni même la France, pourtant peu à peu prises à la gorge par Hitler, ne se montrent décidées à redonner aux Soviétiques la place perdue dans ledit "concert des grandes puissances". Aussi, le 10 mars 1939, Staline exprime-t-il publiquement son désarroi et son incrédulité : "Nous assistons à un repartage délibéré du monde et des zones d'influence aux dépens des intérêts des Etats non agresseurs, sans aucune tentative de leur part et même avec une certaine complaisance. Cela est incroyable, mais c'est un fait. Comment expliquer ce caractère unilatéral et étrange de la nouvelle guerre impérialiste?"
Alors que la tension internationale ne cesse de s'amplifier, le général Palasse, attaché militaire en U.R.S.S., transmettait le 13 juillet 1939 cette note à un Gouvernement français qui, complètement soumis à l'influence britannique, ne se pressait toujours pas de faire aboutir les discussions sur l'assistance mutuelle anglo-franco-soviétique : "Je me permettrai d'ajouter enfin que je considère toujours possible, si nous n'arrivions pas à traiter rapidement, de voir l'U.R.S.S. s'isoler d'abord dans une neutralité d'expectative, pour arriver ensuite à une entente avec l'Allemagne sur la base d'un partage de la Pologne et des pays Baltes."
Ensuite vient l'"énorme" surprise de l'annonce du pacte germano-soviétique (23 août 1939), et la riposte de Daladier qui soudainement s'active... au détriment des principaux adversaires, en France, d'Hitler avant-pendant-et-après la signature des accords de Munich : les communistes. Il fait d'abord interdire l'Humanité et Ce Soir (dirigé par Louis Aragon), puis dissout le Parti communiste dont le décret rappelle qu'il est la Section Française de l'Internationale Communiste...
Conséquemment, comment Hitler pourrait-il ne pas saluer la si manifeste bonne volonté française, lui qui, au-delà des accords Ribbentrop-Molotov, est toujours à la tête d'un pacte anti-Komintern qui réunit l'Allemagne, la Hongrie, le Japon, l'Italie de Mussolini et l'Espagne de Franco... Dans ce pacte "colossal" dont l'unique cible était l'U.R.S.S., n'y aurait-il vraiment plus la moindre place - oh, rien qu'un strapontin! - pour la France de Daladier dont on aurait dû voir à quel point elle avait su mener l'assaut contre son chancre, le Front Populaire?...
Eh bien non : Hitler en avait dès longtemps décidé autrement (c'est écrit dans Mein Kampf)... Il n'y aurait de place pour la France que dans la pire humiliation. Mais d'ailleurs elle s'y précipitait d'elle-même, et ses "élites" au premier rang!...
Le pire n'était plus très loin...
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09.12.2007
Basses manoeuvres des Ogres - 9
La politique, voulue et mise en oeuvre par Pierre Cot, d'alliance indirecte entre la France et l'U.R.S.S.... de Staline, à partir d'une assistance commune apportée à la Tchécoslovaquie contre l'Allemagne de Hitler, a été, comme on sait, brisée par les accords de Munich de septembre 1938. Aujourd'hui, le seul terme d'"accords de Munich" suffit d'ailleurs à qualifier tout ce qui peut s'assimiler à une trahison majeure, et principalement à la trahison de ce que l'on pourrait appeler les "intérêts fondamentaux de l'humanité".
C'est avouer, implicitement, qu'à cette époque l'U.R.S.S.... de Staline était du bon côté, et que c'est cette U.R.S.S.-de-Staline-du-bon-côté qui a été criminellement trahie par la France de Daladier et Cie... Certes, mais il faut encore souligner que cette trahison s'inscrivait dans un véritable renversement d'alliance, renversement d'alliance qui a ouvert la voie aux victoires écrasantes des troupes hitlériennes entre 1939 et 1943, c'est-à-dire jusqu'à la bataille de... Stalingrad.
Renversement d'alliance?... Oui, et redoublé.
- À l'intérieur, les communistes, seul parti à s'opposer à la ratification des accords de Munich, sont peu à peu transformés en pestiférés, ce qui brise le Front Populaire dont ils constituaient le socle. Mais, au-delà du Parti communiste, c'est aussi et peut-être surtout la C.G.T. qui est visée : elle regroupe bien plus de militants et de militantes que le Parti; elle est directement présente dans les plus grandes entreprises; il faut donc lui briser l'échine au plus vite. C'est ce qui sera fait au soir du 30 novembre 1938 : à la grève générale lancée en particulier pour la défense de la loi des 40 heures votée dès les débuts du Front Populaire, le gouvernement de Daladier et le patronat opposent la réquisition des travailleurs des services publics et 800 000 licenciements temporaires ou définitifs dans l'industrie privée.
- À l'extérieur, après Munich (30 septembre 1938), il y a la nuit de Cristal (10 novembre 1938), à l'occasion de laquelle les nazis s'en prennent, de façon très spectaculaire et mondialement visible, aux Juifs résidant en Allemagne, tandis que le 6 décembre, Ribbentrop, qui a exigé l'absence des ministres juifs français, dont Jean Zay, à la table du repas de réception, vient à Paris signer, avec le président du Conseil Daladier, le honteux pacte d'amitié franco-allemand, aujourd'hui soigneusement passé sous silence.
Conséquence remarquable de tout ceci, c'est-à-dire du bannissement intérieur des communistes et des cégétistes, et du ralliement de la France officielle à l'Allemagne de Hitler : le 17 décembre 1938, 430 journaux français demandent la dissolution du Parti communiste...
Or, il faudrait attendre encore huit mois avant que ne survienne le dit pacte germano-soviétique dont il est convenu aujourd'hui de faire le modèle de la trahison en politique étrangère : de qui se moque-t-on? De qui?... Et de quoi?... De notre ignorance surtout, d'une ignorance d'autant plus inquiétante pour les dominants qu'elle est plus vaste... Quelles seraient, en effet, les conséquences politiques d'une levée, même légère, d'un voile qui entrave jusqu'aux moindres de nos enthousiasmes citoyens?...
(À suivre...)
18:15 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, économie, accords de Munich, Staline, Parti communiste, CGT
05.12.2007
Un petit Poucet nommé Pierre Cot - 8
Rédigé en 1943, "Le procès de la république" s'ouvre sur cette épigraphe : "À mes camarades du Front Populaire qui poursuivront jusqu'au bout la lutte engagée au lendemain du 6 février 1934 contre le Fascisme et l'Hitlérisme." Ainsi Pierre Cot s'adresse-t-il non pas à ces "ouvriers de la dernière heure" contre lesquels Jean Moulin ne cessait de mettre en garde, non pas aux "résistants du lendemain", mais à ceux dont le sort s'était trouvé lié par l'antifascisme depuis cette date fatidique de février 1934...
À quel prix?... Voici le témoignage de l'un d'entre eux, Pierre Cot lui-même : "La liste des "hommes politiques à faire disparaître en premier", en cas de succès du fascisme, avait été dressée par les auteurs de ce fameux complot des "Cagoulards" sur lequel nous aurons l'occasion de revenir. La liste comprenait les noms de ceux qu'on tenait pour spécialement dangereux, c'est-à-dire pour capables d'organiser la résistance populaire contre le fascisme, ceux dont on avait juré - je dis bien juré - de tirer vengeance, parce qu'ils avaient été les plus ardents dans la bataille contre le fascisme."
"Organiser la résistance populaire contre le fascisme"..., c'était effectivement la tâche que Jean Moulin s'était donnée à lui-même... Mais revenons à Pierre Cot : "Je me suis battu sans répit, depuis mon entrée dans la vie politique, contre les Royalistes, contre les Croix-de-Feu, contre les Cagoulards, contre les réactionnaires de toute obédience et les conservateurs de toute étiquette. Mon nom a figuré sur toutes les listes de gens à tuer ou à traduire en Haute-Cour, composées, depuis dix ans, par les ennemis de la République."
De quelle République? "Pour ma part, je croyais et je crois encore qu'une synthèse unissant l'esprit de la Révolution Française à l'esprit de la Révolution Russe, peut fournir à l'Europe les formules capables de renouveler son idéologie politique et de rajeunir sa démocratie." C'est donc dans le droit fil de cette prise de position que Pierre Cot, devenu ministre de l'Air, se rend en U.R.S.S. au mois d'août 1933 : "J'étais le premier Ministre français à me rendre en Russie Soviétique."
Or, cette visite se traduit pour Pierre Cot par une sorte de coup de théâtre : "À la fin de mon voyage, le Gouvernement des Soviets me pria de transmettre confidentiellement au Gouvernement français une proposition tendant à la négociation d'un Pacte de Sécurité." Et c'est à ce moment précis que Jean Moulin vient reprendre sa place de chef de cabinet aux côtés de Pierre Cot qui constatera plus tard : "C'est bien au cours de l'été 1933 que furent posées les premières pierres de ce Pacte Franco-Soviétique que Louis Barthou devait négocier en 1934, Pierre Laval signer en 1935, le Parlement Français ratifier en 1936, et Georges Bonnet violer et ruiner en 1938."
Voici le fond de l'affaire tel que Pierre Cot en rend compte : "Un réseau d'accords militaires, entre la France et la Tchécoslovaquie, d'une part, la Tchécoslovaquie et l'Union Soviétique, d'autre part, permettait, dans une large mesure, de remplacer l'alliance franco-russe dont la France s'obstinait à ne pas vouloir. En 1936 et 1937, je fis tout mon possible pour renforcer ce réseau; des conventions militaires lièrent la France à la Tchécoslovaquie, et certaines de ces conventions portaient ma signature. Hitler n'avait donc pas entièrement tort quand il m'accusait, à la veille de Munich, d'avoir voulu faire mettre, à la disposition des avions français et soviétiques, les bases tchécoslovaques."
Laissons à Pierre Cot la conclusion de ce premier épisode essentiel de sa vie politique : "Les journaux français profascistes et réactionnaires se mirent à me dénoncer comme un "adversaire de la paix", l'"agent ou le complice de Staline et de Bénès", un "va-t-en guerre" et un "boutefeu". Il est entendu que j'étais tout cela, et Adolf Hitler un agneau paisible."
Ce que, deux ans plus tard, certains traduiront, plus ou moins par devers eux et à mi-voix : "Plutôt Hitler que le Front Populaire."
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04.12.2007
Un petit Poucet nommé Pierre Cot - 7
Jean Moulin n'est pas né en 1941 du cerveau fertile de Charles de Gaulle, ni en 1964 d'un discours enflammé d'André Malraux. Il est né de l'exceptionnelle amitié qui l'a lié pendant quinze années à Pierre Cot.
En effet, nos deux petits Poucets, Jean Moulin et Pierre Cot, s'étaient rencontrés dès 1925. Le premier était alors chef de cabinet du préfet de la Savoie; le second entamait une carrière politique qui devait le mener en 1932 au sous-secrétariat d'Etat aux Affaires étrangères, Jean Moulin devenant aussitôt son chef de cabinet. Après un bref moment de séparation pendant lequel il était devenu ministre de l'Air, Pierre Cot offre à nouveau, en septembre 1933, la fonction de chef de cabinet à Jean Moulin. Le même duo, attaché aux mêmes fonctions, se remettra en place dès le 4 juin 1936, au lendemain de la victoire électorale du Front Populaire.
En 1943, Pierre Cot devait écrire dans son livre "Le procès de la république" : "Non seulement je m'honore d'avoir été un des partisans et des militants du Front Populaire, mais je demeure obstinément fidèle à la pensée dont il fut l'expression. Je vois dans le Front Populaire la tradition de la révolution française; je pense que seule l'union des forces populaires et révolutionnaires françaises, communistes compris, libérera la France de la domination fasciste et permettra un renouveau de la démocratie." De quelle démocratie veut-il parler? "Je pensais déjà qu'à la démocratie politique devait s'ajouter la démocratie économique et internationale; plus je pénétrais au coeur de la politique française, plus mon expérience administrative et gouvernementale s'enrichissait, et plus je me rendais compte qu'en réalité il ne pouvait pas y avoir de démocratie politique ou de démocratie internationale sans démocratie économique - plus je me rendais compte que pour réaliser l'idéal de la Révolution Française, le suffrage universel est insuffisant : il faut modifier la structure économique et sociale."
Comment, en 1943, l'ami d'un Jean Moulin créateur du tout nouveau Conseil National de la Résistance souverain pensait-il faire avancer l'idéal de la Révolution Française? "L'expérience du Front Populaire a prouvé que, pour accomplir les changements substantiels de structure voulus par le peuple, on doit passer par une période de dictature. Cette dictature doit être démocratique; elle doit être la dictature de la majorité, exercée sous le contrôle des représentants du peuple."
De Jean Moulin, via Pierre Cot, nous voici directement conduits jusqu'à Lénine qui écrivait en 1905 : "La victoire décisive de la révolution sur le tsarisme, c'est la dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie." Et en 1906 : "Mais ce que nous voulons dire, c'est qu'il peut y avoir une dictature de la minorité sur la majorité, d'un groupuscule policier sur le peuple, et qu'il peut y avoir aussi une dictature de l'immense majorité du peuple sur un groupuscule d'oppresseurs, de pillards et d'usurpateurs du pouvoir populaire."
Aurions-nous rencontré là un troisième petit Poucet?...
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03.12.2007
Un petit Poucet nommé Pierre Cot - 6
Dans ses impayables "Contes à dormir debout", l'Ogre évoque, lui aussi, Pierre Cot. Nous voici à Londres en juillet 1940 : "M. Pierre Cot, bouleversé par les événements, m'adjurait de l'utiliser à n'importe quelle tâche, "même à balayer l'escalier". Mais il était trop voyant pour que cela fût désirable." (Mémoires de guerre - L'Appel 1940-1942, Plon 1954, page 84).
Trop voyant!... Sans doute un peu comme Blanche-Neige déboulant chez les Sept Nains... D'ailleurs, on imagine facilement cette "scène historique" : Pierre Cot, ancien ministre de l'Air du Front Populaire (trop voyant, donc), par deux fois mis en cause, avant guerre, dans les discours d'un certain Adolf Hitler (excessivement voyant, pour celui-ci aussi!...), était tombé si bas en 1940 que nous le retrouvons disposé "même à balayer l'escalier" (avec les guillemets, car de Gaulle ne s'interdit jamais de fabriquer des faux comme on commence à s'en apercevoir...).
Or, de même que pour "souverainement", ce montage-caviardage réalisé par un homme si loyal et si vertueux est accompli quelques années après la mort du premier président du Conseil National de la Résistance. Il est donc lui aussi un fruit mûrement réfléchi, médité, voire ruminé : balayé le C.N.R.! éliminée sa cheville ouvrière! humilié à la face du monde celui qui pourrait bien en avoir été le véritable initiateur...
Le véritable initiateur? Quoi qu'il en soit, durant les mois de 1943 qui auront vu Jean Moulin organiser, jusqu'à y laisser sa vie, le Conseil National de la Résistance, voici ce que Pierre Cot, réfugié aux Etats-Unis, écrivait, dans un livre intitulé "Le procès de la république", à propos du Comité Français de Libération Nationale mis en place à Alger par les généraux de Gaulle et Giraud : "Ce n'est évidemment pas un Gouvernement légitime, susceptible d'une reconnaissance de jure. Ce n'est pas davantage le gouvernement de fait de la nation française, son pouvoir ne s'étendant malheureusement pas au territoire français métropolitain." Et encore : "Le Comité d'Alger est un Comité d'experts, il n'est pas un Conseil de gouvernement. Il est, par suite, naturel qu'il soit formé de techniciens de l'administration, de l'armée et de l'économie, et non pas d'hommes politiques."
En face du Comité d'Alger, voici, sur le sol de France, les organisations démocratiques et antifascistes de la résistance, et ce que Pierre Cot en dit : "Ces organisations sont l'armature politique de la résistance - et pratiquerment de la nation française. Elles ont formé un Conseil de la Résistance, qui dirige leurs activités. Cette direction n'est pas seulement technique. Au rebours du Comité d'Alger, le Conseil National de la Résistance est formé, non par des techniciens, mais par les représentants des forces politiques de la résistance. Les partis démocratiques et les organisations ouvrières sont représentés au Conseil de la Résistance."
Caillou blanc après caillou blanc : "On voit ainsi s'élaborer, dans les faits, un régime démocratique de transition, correspondant, à la fois, à la volonté du peuple et aux circonstances. Dans ce régime, la souveraineté continue d'appartenir au peuple; cette souveraineté est exercée par le Conseil National de la Résistance, jusqu'à ce que des élections libres permettent la formation d'une Assemblée Nationale; le Comité de Libération Nationale est l'organe exécutif du Conseil de la Résistance - et comme tel responsable devant le Conseil."
C'est ce pacte, au bas duquel il avait apposé sa signature en février 1943 sous le regard de Jean Moulin, que de Gaulle a déchiré... dans les faits en 1944, d'un trait de plume dans ses Mémoires en 1954, et autrement, plus tard... en 1958.
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