27.12.2007

Quand les Ogres se dévorent entre eux - 14

     Le rapport établi pour le Gouvernement français par Pierre Taittinger et ses collègues députés en mars 1940 souligne un point essentiel de la situation du front dans le secteur de Sedan : "Avant d'entrer dans le détail, signalons que la plupart des troupes visitées sont des régiments de formation B, que la DCA est à peu près inexistante, que l'aviation pour l'ensemble de l'armée est réduite à un appareil d'observation et à quelques appareils de chasse."

     Ainsi, l'armée commandée par le général Huntziger, futur ministre de la Guerre du maréchal Pétain, n'est pas seulement à peu près invalide au sol, mais il se trouve que, dans les airs, elle est quasiment aveugle. En tout cas, elle n'y voit guère que d'un oeil, dirait-on. À moins que ce ne soit plus grave encore : on se prend à songer que nous n'en sommes, alors, encore et toujours, qu'à la drôle de guerre et que, comme dans le jeu de colin-maillard, il y a le temps plus ou moins long durant lequel ce serait tricher que d'ouvrir les yeux et même un seul d'entre eux...

     Mais c'est bien sûr sans rire que le rapport poursuit le récit de la partie engagée : "L'aviation allemande se promène, en ce secteur, en liberté, photographie les moindres mouvements de terre et se réfugie en Belgique, terre d'asile, à la première apparition de nos chasseurs."

     Sans doute très conscient de l'immense responsabilité d'autruche qui pèse sur lui - puisque la ligne Maginot, l'armure de la France d'après l'hécatombe de 1914-1918, s'arrête un peu avant Sedan, ce qui fait de la zone qu'il commande le très manifeste défaut de la cuirasse qui hante les nuits de tous les militaires et plus encore de ceux qui ont la haute main sur une armée tant soit peu importante -, le général Huntziger, loin de marquer la moindre inquiétude, répond tranquillement au rapport en évoquant fièrement les 8000 mètres cubes de béton déplacés pour ajouter à la sécurité de la France, et constate avec le plus grand calme que... "L'insuffisance relative de la DCA et de l'aviation pour s'opposer efficacement au survol de la IIème Armée par l'aviation ennemie est réelle. Mais c'est là une situation de fait que j'ai signalée à plusieurs occasions au commandement. Je ne dispose d'aucun moyen propre pour l'améliorer."

     Et d'ailleurs, très content de son sort et sans doute des belles journées d'un printemps aussi calme, il pense ne rien avoir à demander au-delà de ce qui lui permettra d'être au premier rang pour assister à la catastrophe : "J'estime qu'il n'y a aucune mesure urgente à prendre pour le renforcement du secteur de Sedan, qui, ainsi qu'il est demandé, se poursuit, sous la direction du général-commandant le Xème Corps d'armée, avec énergie et avec tous les moyens en matériel et en personnel qui peuvent être mis en oeuvre."

     Le résultat de tout ceci, une fois le gros des armées françaises imprudemment avancé sur le sol de Belgique, c'est le très célèbre coup de faucille du général allemand Guderian : en 8 jours, de Sedan à l'embouchure de la Somme, la France a la gorge tranchée, et l'ennemi intérieur ne serait pas le seul à en payer le prix...

     Une toute petite question avant d'aller plus loin : le général Huntziger faisait-il lui aussi partie de la Cagoule?...

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Commentaires

Voilà un exposé très instructif au sens fort du terme.

Ecrit par : Hervé Torchet | 10.01.2008

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