09.12.2007

Basses manoeuvres des Ogres - 9

     La politique, voulue et mise en oeuvre par Pierre Cot, d'alliance indirecte entre la France et l'U.R.S.S.... de Staline, à partir d'une assistance commune apportée à la Tchécoslovaquie contre l'Allemagne de Hitler, a été, comme on sait, brisée par les accords de Munich de septembre 1938. Aujourd'hui, le seul terme d'"accords de Munich" suffit d'ailleurs à qualifier tout ce qui peut s'assimiler à une trahison majeure, et principalement à la trahison de ce que l'on pourrait appeler les "intérêts fondamentaux de l'humanité".

     C'est avouer, implicitement, qu'à cette époque l'U.R.S.S.... de Staline était du bon côté, et que c'est cette U.R.S.S.-de-Staline-du-bon-côté qui a été criminellement trahie par la France de Daladier et Cie... Certes, mais il faut encore souligner que cette trahison s'inscrivait dans un véritable renversement d'alliance, renversement d'alliance qui a ouvert la voie aux victoires écrasantes des troupes hitlériennes entre 1939 et 1943, c'est-à-dire jusqu'à la bataille de... Stalingrad.

     Renversement d'alliance?... Oui, et redoublé.

  1.      À l'intérieur, les communistes, seul parti à s'opposer à la ratification des accords de Munich, sont peu à peu transformés en pestiférés, ce qui brise le Front Populaire dont ils constituaient le socle. Mais, au-delà du Parti communiste, c'est aussi et peut-être surtout la C.G.T. qui est visée : elle regroupe bien plus de militants et de militantes que le Parti; elle est directement présente dans les plus grandes entreprises; il faut donc lui briser l'échine au plus vite. C'est ce qui sera fait au soir du 30 novembre 1938 : à la grève générale lancée en particulier pour la défense de la loi des 40 heures votée dès les débuts du Front Populaire, le gouvernement de Daladier et le patronat opposent la réquisition des travailleurs des services publics et 800 000 licenciements temporaires ou définitifs dans l'industrie privée.
  2.      À l'extérieur, après Munich (30 septembre 1938), il y a la nuit de Cristal (10 novembre 1938), à l'occasion de laquelle les nazis s'en prennent, de façon très spectaculaire et mondialement visible, aux Juifs résidant en Allemagne, tandis que le 6 décembre, Ribbentrop, qui a exigé l'absence des ministres juifs français, dont Jean Zay, à la table du repas de réception, vient à Paris signer, avec le président du Conseil Daladier, le honteux pacte d'amitié franco-allemand, aujourd'hui soigneusement passé sous silence. 

     Conséquence remarquable de tout ceci, c'est-à-dire du bannissement intérieur des communistes et des cégétistes, et du ralliement de la France officielle à l'Allemagne de Hitler : le 17 décembre 1938, 430 journaux français demandent la dissolution du Parti communiste...

     Or, il faudrait attendre encore huit mois avant que ne survienne le dit pacte germano-soviétique dont il est convenu aujourd'hui de faire le modèle de la trahison en politique étrangère : de qui se moque-t-on? De qui?... Et de quoi?... De notre ignorance surtout, d'une ignorance d'autant plus inquiétante pour les dominants qu'elle est plus vaste... Quelles seraient, en effet, les conséquences politiques d'une levée, même légère, d'un voile qui entrave jusqu'aux moindres de nos enthousiasmes citoyens?... 

     (À suivre...)  

Ecrire un commentaire