04.12.2007
Un petit Poucet nommé Pierre Cot - 7
Jean Moulin n'est pas né en 1941 du cerveau fertile de Charles de Gaulle, ni en 1964 d'un discours enflammé d'André Malraux. Il est né de l'exceptionnelle amitié qui l'a lié pendant quinze années à Pierre Cot.
En effet, nos deux petits Poucets, Jean Moulin et Pierre Cot, s'étaient rencontrés dès 1925. Le premier était alors chef de cabinet du préfet de la Savoie; le second entamait une carrière politique qui devait le mener en 1932 au sous-secrétariat d'Etat aux Affaires étrangères, Jean Moulin devenant aussitôt son chef de cabinet. Après un bref moment de séparation pendant lequel il était devenu ministre de l'Air, Pierre Cot offre à nouveau, en septembre 1933, la fonction de chef de cabinet à Jean Moulin. Le même duo, attaché aux mêmes fonctions, se remettra en place dès le 4 juin 1936, au lendemain de la victoire électorale du Front Populaire.
En 1943, Pierre Cot devait écrire dans son livre "Le procès de la république" : "Non seulement je m'honore d'avoir été un des partisans et des militants du Front Populaire, mais je demeure obstinément fidèle à la pensée dont il fut l'expression. Je vois dans le Front Populaire la tradition de la révolution française; je pense que seule l'union des forces populaires et révolutionnaires françaises, communistes compris, libérera la France de la domination fasciste et permettra un renouveau de la démocratie." De quelle démocratie veut-il parler? "Je pensais déjà qu'à la démocratie politique devait s'ajouter la démocratie économique et internationale; plus je pénétrais au coeur de la politique française, plus mon expérience administrative et gouvernementale s'enrichissait, et plus je me rendais compte qu'en réalité il ne pouvait pas y avoir de démocratie politique ou de démocratie internationale sans démocratie économique - plus je me rendais compte que pour réaliser l'idéal de la Révolution Française, le suffrage universel est insuffisant : il faut modifier la structure économique et sociale."
Comment, en 1943, l'ami d'un Jean Moulin créateur du tout nouveau Conseil National de la Résistance souverain pensait-il faire avancer l'idéal de la Révolution Française? "L'expérience du Front Populaire a prouvé que, pour accomplir les changements substantiels de structure voulus par le peuple, on doit passer par une période de dictature. Cette dictature doit être démocratique; elle doit être la dictature de la majorité, exercée sous le contrôle des représentants du peuple."
De Jean Moulin, via Pierre Cot, nous voici directement conduits jusqu'à Lénine qui écrivait en 1905 : "La victoire décisive de la révolution sur le tsarisme, c'est la dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie." Et en 1906 : "Mais ce que nous voulons dire, c'est qu'il peut y avoir une dictature de la minorité sur la majorité, d'un groupuscule policier sur le peuple, et qu'il peut y avoir aussi une dictature de l'immense majorité du peuple sur un groupuscule d'oppresseurs, de pillards et d'usurpateurs du pouvoir populaire."
Aurions-nous rencontré là un troisième petit Poucet?...
14:10 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, front populaire, lénine, révolution française





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