03.12.2007
Un petit Poucet nommé Pierre Cot - 6
Dans ses impayables "Contes à dormir debout", l'Ogre évoque, lui aussi, Pierre Cot. Nous voici à Londres en juillet 1940 : "M. Pierre Cot, bouleversé par les événements, m'adjurait de l'utiliser à n'importe quelle tâche, "même à balayer l'escalier". Mais il était trop voyant pour que cela fût désirable." (Mémoires de guerre - L'Appel 1940-1942, Plon 1954, page 84).
Trop voyant!... Sans doute un peu comme Blanche-Neige déboulant chez les Sept Nains... D'ailleurs, on imagine facilement cette "scène historique" : Pierre Cot, ancien ministre de l'Air du Front Populaire (trop voyant, donc), par deux fois mis en cause, avant guerre, dans les discours d'un certain Adolf Hitler (excessivement voyant, pour celui-ci aussi!...), était tombé si bas en 1940 que nous le retrouvons disposé "même à balayer l'escalier" (avec les guillemets, car de Gaulle ne s'interdit jamais de fabriquer des faux comme on commence à s'en apercevoir...).
Or, de même que pour "souverainement", ce montage-caviardage réalisé par un homme si loyal et si vertueux est accompli quelques années après la mort du premier président du Conseil National de la Résistance. Il est donc lui aussi un fruit mûrement réfléchi, médité, voire ruminé : balayé le C.N.R.! éliminée sa cheville ouvrière! humilié à la face du monde celui qui pourrait bien en avoir été le véritable initiateur...
Le véritable initiateur? Quoi qu'il en soit, durant les mois de 1943 qui auront vu Jean Moulin organiser, jusqu'à y laisser sa vie, le Conseil National de la Résistance, voici ce que Pierre Cot, réfugié aux Etats-Unis, écrivait, dans un livre intitulé "Le procès de la république", à propos du Comité Français de Libération Nationale mis en place à Alger par les généraux de Gaulle et Giraud : "Ce n'est évidemment pas un Gouvernement légitime, susceptible d'une reconnaissance de jure. Ce n'est pas davantage le gouvernement de fait de la nation française, son pouvoir ne s'étendant malheureusement pas au territoire français métropolitain." Et encore : "Le Comité d'Alger est un Comité d'experts, il n'est pas un Conseil de gouvernement. Il est, par suite, naturel qu'il soit formé de techniciens de l'administration, de l'armée et de l'économie, et non pas d'hommes politiques."
En face du Comité d'Alger, voici, sur le sol de France, les organisations démocratiques et antifascistes de la résistance, et ce que Pierre Cot en dit : "Ces organisations sont l'armature politique de la résistance - et pratiquerment de la nation française. Elles ont formé un Conseil de la Résistance, qui dirige leurs activités. Cette direction n'est pas seulement technique. Au rebours du Comité d'Alger, le Conseil National de la Résistance est formé, non par des techniciens, mais par les représentants des forces politiques de la résistance. Les partis démocratiques et les organisations ouvrières sont représentés au Conseil de la Résistance."
Caillou blanc après caillou blanc : "On voit ainsi s'élaborer, dans les faits, un régime démocratique de transition, correspondant, à la fois, à la volonté du peuple et aux circonstances. Dans ce régime, la souveraineté continue d'appartenir au peuple; cette souveraineté est exercée par le Conseil National de la Résistance, jusqu'à ce que des élections libres permettent la formation d'une Assemblée Nationale; le Comité de Libération Nationale est l'organe exécutif du Conseil de la Résistance - et comme tel responsable devant le Conseil."
C'est ce pacte, au bas duquel il avait apposé sa signature en février 1943 sous le regard de Jean Moulin, que de Gaulle a déchiré... dans les faits en 1944, d'un trait de plume dans ses Mémoires en 1954, et autrement, plus tard... en 1958.
18:35 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, pierre cot, u.rs.s.





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