27.11.2007

Un petit Poucet nommé Jean Moulin - 4

     À la page 445 du tome des "Contes à dormir debout" qui donne le texte fondateur du Conseil National de la Résistance, on rencontre cette curieuse phrase "trouée" : "Afin que le Conseil de la résistance ait le prestige et l'efficacité nécessaires, ses membres devront avoir été investis de la confiance des groupements qu'ils représentent et pouvoir statuer ... sur l'heure au nom de leurs mandants."
     La "correction" perpétrée par l'Ogre est intervenue quelques années après la disparition du petit Poucet. Elle a donc été mûrement réfléchie, méditée, voire ruminée. Etait-ce une façon détournée d'authentifier rétrospectivement ce qui s'était produit le 21 juin 1943 à Caluire? Une façon d'ajouter, à la trahison qui donna la mort à Jean Moulin, la forfaiture qui prétendait réduire à trois points de suspension l'essentiel de ce que celui-ci a déposé dans le patrimoine politique des enfants de France d'après la seconde guerre mondiale?...
     S'agissait-il, plus prosaïquement, de se remettre, après coup, d'une discussion où le petit Poucet avait réussi à imposer "souverainement" à un Ogre qui ne pouvait ignorer qu'à laisser faire, du futur C.N.R., l'organe souverain du temps de la Libération, il ne lui resterait plus à lui, le Général, qu'un rôle second, ou même tout à fait secondaire?...
     Quoi qu'il en soit, la discussion a certainement été assez rude, et l'âpreté s'en laisse deviner à lire l'Ogre qui s'étonne de voir son interlocuteur "devenu impressionnant de conviction et d'autorité". (page 91 du même ouvrage) C'est l'endroit de rappeler que, dans la note rédigée fin 1942 - début 1943, Jean Moulin avait écrit à propos de la future autorité souveraine : "Il ne saurait y avoir de place dans ledit Conseil ni pour les ouvriers de la dernière heure ni pour ceux qui hésiteraient devant les solutions révolutionnaires qui s'imposent."
     À quoi s'ajoute le ton dont, rentré en France, il usera dans son message adressé à de Gaulle le 7 mai 1943 (20 jours avant la première réunion du C.N.R. - souverain en gestation - dont il sera le président). En vrac : "Si j'insiste sur l'attitude de l'O.C.M. [Organisation Civile et Militaire], c'est moins pour dénoncer ses méthodes, bien connues ici, que pour noter combien vos services ont agi avec légèreté en essayant de faire de cet organisme l'élément principal de la Résistance en Z.N. [Zone Nord] auquel devaient se subordonner les autres formations"; "Une fois de plus je suis amené à appeler votre attention sur le danger qu'il y a à faire régler par une mission d'un mois ou deux des problèmes complexes demandant une longue habitude du milieu"; "Il est absolument nécessaire d'envoyer des missions en France; mais ces missions ne peuvent être que de deux ordres : missions permanentes pour un travail précis ou missions d'information et de contrôle. Quelle que soit la qualité des gens envoyés, les missions d'organisation qui ne comportent pas la permanence ne peuvent donner de bons résultats."
     Voilà qui est bien ferme pour un petit Poucet. Ne peut-on pas penser que, du point de vue de l'Ogre et depuis un certain temps déjà, une sorte de fatal compte à rebours avait commencé?...

    

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