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13/04/2014

1. Un petit Poucet nommé Jean Moulin

    

Pour plus d'informations sur ce sujet et sur d'autres,
vous pouvez vous tourner vers notre nouveau site :

   http://unefrancearefaire.com

 

 

     À sa naissance, le futur créateur et premier président du Conseil National de la Résistance fut accueilli par un poème de son père, Antonin, l'incorrigible littérateur :

Un rayon de soleil sur tout son corps se joue,

Dorant sa chair ;

Une fossette s’ouvre et rit à chaque joue,

D’un si doux air.

Rire délicieux d’une âme qui ignore

Et ne sait rien.

Et ne soupçonne point dans cette vie encore

Ni mal ni bien.

      C'était donc bien un petit Poucet... Et l'Ogre? s'inquiétera-t-on... Patience, longue patience, pour une si brève vie : 44 ans, et déjà voici venir la mort héroïque.

    Certes, il n'y a de héros que par la trahison des plus proches. Qui étaient donc les plus proches? Qui sont-ils aujourd'hui? Toujours les mêmes, et nous avec eux, c'est-à-dire toutes celles et tous ceux qui, en 2007 comme en 1943, ne se sont toujours pas aperçus de ceci que Jean Moulin avait bel et bien été dévoré par un Ogre, et qu'entre les divers cailloux blancs qu'il avait délicatement disposés pour nous avec la force des Titans de la vraie Résistance (et Guy Môquet, petit Poucet à tout jamais), il y avait quelque chose d'aussi peu visible qu'un énorme rocher.

     Or, l'Ogre était, avant tout, un escamoteur. Abracadabra!... Et envolé, le rocher!...

     Mais, comme les paroles, les rochers volent. C'est bien connu. Lorsque passe dans les nuages de l'histoire récente le rocher incomparable de Jean Moulin (chargé, au temps du Front Populaire, de développer l'aviation... populaire), il tire derrière lui une longue banderole où l'on peut lire ce mot : "souverainement".

     À suivre...

Vidéo de l'exposition "Jean Moulin"

12/04/2014

2. Un petit Poucet nommé Jean Moulin

 

     "Il n'y a pas d'idéal plus noble que celui d'une société où le travail sera souverain, où il n'y aura ni exploitation ni oppression, où les efforts de tous seront librement harmonisés, où la propriété sociale sera la base et la garantie des développements individuels." (Jean Jaurès)

     Enfanté dans les pires douleurs qu'ait connues la France moderne, le programme établi en mars 1944 par le Conseil National de la Résistance, défunt, depuis neuf mois, de son premier président Jean Moulin, aurait pu sembler tout droit sorti de cette citation de celui qui avait été la première victime de la guerre mondialement massacrante de 1914-1918.

     Travail "souverain"... Certainement... Quoique pas très facile à établir en régime capital... iste, où le capital ne doit d'exister que parce qu'il se soumet... le travail.

     Mais, d'ailleurs, souverain ou pas, le travail était-il lui-même présent ès-qualités dans le Conseil National de la Résistance voulu par Jean Moulin? La réponse est oui : sur 17 membres, dont son président, le Conseil rassemblait huit mouvements de résistance, six partis politiques et... les syndicats C.G.T. (Confédération Générale du Travail) et C.F.T.C. (Confédération Française des Travailleurs Chrétiens).

     Souverain, alors?... Peut-être... Imperceptiblement, sans doute... En tout cas, selon les apparences, beaucoup, beaucoup moins souverain que Louis XVI, qui, pour perdre définitivement la souveraineté, a dû bénéficier, lui, des clameurs d'une Révolution qui a bouleversé l'histoire mondiale, avant de lui couper la tête sur la place publique...

     Par contraste, faudrait-il aller jusqu'à dire que le Conseil National de la Résistance serait sorti de l'Histoire par une porte dérobée?... Réponse : une chose est sûre, Jean Moulin est domicilié au Panthéon, tandis que son nom retentit un peu partout au coin des rues et sur une multitude de bâtiments publics..., de sorte qu'un peu partout en France retentit comme un murmure qui s'en va répétant : "souverainement, souverainement, souverainement..."

 

Commémoration, le 27 mai 1945, de la création du C.N.R.

08/04/2014

Nouvelle parution

Les Editions Paroles Vives

présentent 

 

1 - 1ère de Couv..jpg

 478 pages, cousu, 29 euros


Première partie : En marche vers le travail souverain ?

Deuxième partie : Entre U.S.A. et U.R.S.S - 1917-1945

Troisième partie : Le lasso du plan Marshall

Quatrième partie : Staline accusé sans preuves

Cinquième partie : Une autre hiérarchie raciale (Hannah Arendt)

Sixième partie : Les à-peu-près d’un prix Nobel d’économie

Septième partie : Petite histoire de la propriété

 

Pour atteindre le contenu thématique

de chacune de ces parties,

cliquer sur son titre.

 

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Jean-Jacques Poignant-Gaunel, auteur du blog

"Le Merle Moqueur",

nous écrit :

1 - J.-J. Poignant-Gaunel (Lettre 3-12-2012)-Blog.jpg

19:11 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)

08/02/2012

49. Un mot perdu de Jean Moulin

 

Images pour blog

      Le 27 mai 1943, date de la première réunion du Conseil National de la Résistance, n'aura jamais eu officiel-lement qu'un statut historique de second rang. Rien à voir, en tout cas, avec ce qu'a longtemps pu être le 18 juin 1940...

      S'il fallait se poser la question de savoir pourquoi il en est allé ainsi jusqu'à présent, il apparaîtrait bien vite que la réponse tient "tout simplement" dans cette circonstance que le Conseil National de la Résistance est un souverain qui a été victime d'un crime politique... passé totalement inaperçu.

      Ainsi aujourd'hui ne le connaît-on plus guère que comme auteur de l'encore célèbre Programme du 15 mars 1944. Souvent reproduit, et parfois jusque dans son intégralité, ce texte comporte pourtant quelques éléments significatifs qui auraient pu, dès longtemps, faire dresser l'oreille à ses lectrices et lecteurs... Ainsi allons-nous nous arrêter, pendant un tout petit instant, sur le langage que le Conseil National de la Résistance utilise dans le document dont nous pressentons toutes et tous, aujourd'hui, qu'il était un chef-d'oeuvre...

      Voici tout d'abord le "Plan d'action immédiate" :

      "Les représentants des organisations de RESISTANCE, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R. expriment [...], proclament [...], adjurent [...], insistent [...], constatent [...], constatent [...], constatent [...].

      En conséquence, les représentants des organisations de RESISTANCE, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R. déclarent [...], ont l'espoir que [...], affirment solennellement [...]."

     
("solennellement" est-il écrit, et maintenant, le ton change)

      "Pour mobiliser les ressources immenses d'énergie du peuple français, pour les diriger vers l'action salvatrice dans l'union de toutes les volontés, le C.N.R. décide d'inviter les responsables des organisations déjà existantes à former des comités de villes et de villages, d'entreprises [...]. Tous ces comités seront placés [...] seront soumis à l'autorité des C.D.L. [comités départementaux de la libération] qui leur transmettront, comme directives [...] la plate-forme d'action et la ligne politique déterminée par le C.N.R."

      Mais qui était-il donc? ce C.N.R. qui détermine une ligne politique ?

Vidéo de l'exposition Jean Moulin

07/02/2012

50. La preuve perdue du caractère souverain du C.N.R.

     En février 1943, Jean Moulin se rend en Grande-Bretagne pour la seconde fois depuis la défaite de 1940. Il vient présenter au général de Gaulle la version définitive du statut de ce que sera ce qui ne s'appelle encore que : Conseil politique de la Résistance.

      Nul ne sait ce qu'ont pu être les discussions entre les deux hommes. Pour l'Histoire, le résultat le plus significatif s'en trouve désormais dans le deuxième tome des Mémoires de guerre ("L'Unité - 1942-1944", Plon, 1956), et très précisément à la page 445 d'une édition dont il faut souligner qu'elle est effectivement l'édition originale réalisée du vivant de de Gaulle...
 
 
Instructions 21 fév 1943
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
...c'est à cette hauteur qu'il faut bien ouvrir l'oeil...
 
 
 
 
 
 
 
 
      Ce document est particulièrement significatif de la méthode de travail de l'"historien canonique" de la Seconde guerre mondiale et de tout ce qui devait nous mener à la Cinquième République : il est parsemé de points de suspension dont certains sont tout ce qu'il y a de plus massif! Ce qui n'empêche d'ailleurs pas les pires d'être parmi les plus discrets...
      Donnons-leur l'ampleur nécessaire :
 
Instructions 21 fév 1943 § 6
 
      Bon, et alors?...

06/02/2012

51. Sous le caviardage, la voix de Jean Moulin insiste...

     La belle page d'histoire que nous présente Charles de Gaulle est certes minée, d'un bout à l'autre, par tous ces points de suspension dont le poids de sens culmine dans le bout de phrase que nous privilégions.

     Mais, de plus, sur un tel "document", l'inscription en noir et blanc du nom de Jean Moulin, qui était censé l'emporter avec lui dans une France sous la botte de Vichy et des nazis, montre bien que le Général n'envisageait pas ici autre chose que d'en mettre plein la vue à ses lectrices et lecteurs (n'a-t-il pas "bidouillé" et en y insérant, cette fois, la désignation "M. J. Moulin, préfet" un prétendu ordre de mission dont, jusqu'à présent, jamais personne n'a retrouvé la moindre trace, y compris même dans les archives du grand menteur en question?).

    
En attendant, voici que notre cher Conseil National de la Résistance en est toujours à "pouvoir statuer..." Or, en y regardant d'un peu plus près, nous découvrirons qu'il n'est pas interdit de voir, dans ce couac, l'une des raisons pour lesquelles, depuis 1944 et ses suites, la démocratie française s'est décidément fait clouer le bec.

      Près de quinze ans plus tard, cela devait s'appeler la "Constitution de la Cinquième République", mais c'est une autre histoire, et c'est, par la grâce de Charles de Gaulle, toujours la même.

      Or, décidément très organisé, Jean Moulin nous a laissé deux "brouillons"... En étudiant la question avec soin, on s'aperçoit qu'il n'avait pas tout à fait écrit la même version que celle qui nous a été livrée subrepticement. Chez lui, et dans ces deux cas-là au moins, il n'y a pas de points de suspension... Mais il n'y a pas non plus rien qu'un vide à l'endroit incriminé. Il y a effectivement quelque chose... Un mot... Un très bel adverbe.

      Si beau que, peut-être, il ne serait pas tout à fait vain de choisir de mourir pour lui...

      Comme par hasard.

Vidéo de l'exposition Jean Moulin

05/02/2012

52. Jean Moulin était-il donc si dangereux ?

     Sans vouloir remettre en cause la belle formule selon laquelle les absents - et donc les morts - ont toujours tort, consentons à faire des "brouillons" de Jean Moulin quelque chose qui, lorsque Charles de Gaulle se livrait très tranquillement en 1956 au joli métier de faussaire en écritures "publiques", méritait encore qu’on s’y arrête un tout petit peu (puisqu’aujourd’hui, il est manifestement trop tard, peut-être…).

     Jean Moulin, vers le 20 janvier 1943, point n° 6, à propos du Conseil) : « Ses membres ne doivent pas siéger par "délégation" d’un parti ou d’un groupe et être pourvus de "mandats impératifs", les décisions devant être prises souverainement. »

      (Jean Moulin, 1er février 1943) : « Nous ajoutons que, pour être efficace, le Conseil politique de la Résistance doit être composé de membres ayant la confiance absolue de leurs mandants et pouvant décider souverainement et sur l’heure. »


      Voici donc la blessure mortelle dont Charles de Gaulle s’est rendu coupable :

« souverainement… »

      Tout le monde l’aura compris, bafouer ainsi la souveraineté du Conseil National de la Résistance - rétrospectivement, mais aussi dans le concret de l’ensemble des mesures prises par de Gaulle après l’arrestation de Jean Moulin -, c’était réaliser l’"opération" Louis XVI à l’envers. Et anticiper d’un peu plus de dix ans sur la mise en place, par le même de Gaulle, de la très monarchique Constitution de la Vème République (1958, mais surtout 1962, pour l’élection du président au suffrage universel).

      Rétrospectivement, nous le voyons, tant cela devient aveuglant : cette contre-révolution passait par l’élimination physique de Jean Moulin dès avant l’heure de la Libération.*
(* D’où le titre de l’ouvrage « Fallait-il laisser mourir Jean Moulin ?» de Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange, Éditions Paroles Vives, 1994)

8 - F      

      Michel J. Cuny - Françoise Petitdemange

      Editions Paroles Vives

      1994

      (459 pages, 29 €)

Pour atteindre la page de commande et de paiement,

c'est ici.

 

      Jean Moulin était-il donc si dangereux ?

      Là encore, les deux "brouillons" sont particulièrement explicites :

      (Vers le 20 janvier 1943, point n°5) : « Il ne saurait y avoir de place dans ledit Conseil ni pour les ouvriers de la dernière heure ni pour ceux qui hésiteraient devant les solutions révolutionnaires qui s’imposent. »

      (1er février 1943) : « Il ne saurait y avoir de place dans le dit Conseil ni pour les ouvriers de la dernière heure, ni pour ceux qui hésiteraient devant les solutions militaires et révolutionnaires qui s’imposent. »

      Voilà donc le joyau de l’idée même de Résistance telle qu’elle était portée par son Conseil National en un moment (mars 1944) où, déjà, celui-ci ne pouvait plus que balbutier sa souveraineté tant de Gaulle le serrait à la gorge.

04/02/2012

53. Qui dit "Jean Moulin" dit (devrait dire) "Pierre Cot"

     La première réunion du Conseil National de la Résistance, celle qui a eu lieu le 27 mai 1943 - la seule qui aura pu être présidée par Jean Moulin - permet de rassembler une nouvelle série d'indices qui auraient pu ne pas être négligés par ceux qui se qualifient eux-mêmes d'historiens...

     L'appartement du 48 rue du Four était la propriété des époux Corbin, amis de l'ancien ministre de l'Air du Front populaire, Pierre Cot. Les deux secrétaires généraux du Conseil National de la Résistance, Robert Chambeiron et Pierre Meunier, étaient d'anciens membres du cabinet ministériel de celui-ci. Et Jean Moulin?...

      La première rencontre de Jean Moulin avec Pierre Cot remonte aux environs de 1925. Le futur président du Conseil de la Résistance, alors âgé de vingt-six ans, était chef de cabinet du préfet de la Savoie.

      Pierre Cot, son aîné de quatre ans, était, lui, au seuil d’une carrière politique de grande dimension : en 1928, il est élu député ; en décembre 1932, il devient sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères et appelle à ses côtés, au titre de chef adjoint de cabinet, son ami Jean Moulin. Mais le gouvernement de Joseph Paul-Boncour tombe le 15 janvier 1933. (NB : le 30 janvier, Adolf Hitler sera nommé chancelier du Reich.)

      À la mi-janvier, Daladier prend la tête du nouveau gouvernement. Pierre Cot y obtient le ministère de l’Air. Jean Moulin, qui doit veiller à la continuité de sa carrière préfectorale, ne deviendra son chef de cabinet qu’à compter du 7 octobre : Pierre Cot est alors de retour d’un voyage en… U.R.S.S.

      Pour la première fois, un ministre en titre du gouvernement français s’était rendu au pays des Soviets, persuadé, comme il l’écrira dans un livre publié en 1944 « qu’une synthèse unissant l’esprit de la Révolution française et l’esprit de la Révolution russe peut fournir à l’Europe les formules capables de renouveler son idéologie politique et de rajeunir sa démocratie ».

     Or, Pierre Cot revient effectivement d’U.R.S.S. avec, en tête, un projet qu’il formule dans une lettre adressée le 14 octobre – Jean Moulin est officiellement en fonction auprès de lui depuis une semaine – au ministre des Affaires étrangères et ancien président du Conseil Joseph Paul-Boncour, à qui il propose un programme dont on mesure toute l’importance en songeant que l’Allemagne est désormais aux mains des hitlériens :
     «
1° La négociation de contrats de collaboration technique permettant à nos ingénieurs des Chemins de fer, des Ponts et chaussées, de l’Aéronautique et du Génie maritime, si lourdement menacés par le chômage, de trouver du travail en U.R.S.S. et de prendre leur part à une oeuvre essentielle pour la sécurité du pays ;
      2° Des échanges de missions militaires ;
      3° La mise à l’étude d’un contrat d’assistance industrielle pour le cas de conflit ;
      4° La mise à l’étude d’un pacte d’assistance mutuelle.
»

      Mais le 24 octobre suivant, le gouvernement Daladier tombe. Viennent ensuite Albert Sarraut (26 octobre 1933), Camille Chautemps (26 novembre 1933) et Édouard Daladier (30 janvier 1934), qui tous reprendront Pierre Cot au ministère de l’Air, Jean Moulin demeurant son chef de cabinet.

      Or, dès le 7 février 1934, Daladier, en totale opposition avec Pierre Cot, abdique devant l’émeute fascisante. Il faudra attendre la victoire électorale de mai 1936 pour voir Pierre Cot (et son chef de cabinet Jean Moulin) reprendre son poste de ministre de l’Air, et, cette fois, dans le gouvernement dit de Front populaire, dirigé par Léon Blum.

      Voilà qui suffira momentanément à faire saisir la proximité de Jean Moulin avec son patron et ami Pierre Cot. (Pour le reste, on gagnera à se reporter au "Fallait-il laisser mourir Jean Moulin?" de Michel J. Cuny - Françoise Petitdemange)